Extrait des propos de Jacques Chirac, 22 mai 2003 :
« La France n'est pas et ne sera jamais une juxtaposition de communautés, avec ses rivalités et ses antagonismes. (•••) Dans notre République, respectueuse de toutes les diversités, mais République une et indivisible, nul, au motif de ses racines ou de ses croyances, n'est fondé à se prévaloir, pour lui ou sa communauté, de droits particuliers ; à s'exonérer des devoirs qui s'imposent à tous ; à réclamer pour sa propre communauté quelque chose qui ne soit pas légitime pour l'ensemble de ses compatriotes. L'État ne s'adresse pas à des communautés, mais à des citoyens. Notre seule communauté, ne l'oublions jamais, c'est la communauté nationale. De même, dans notre République laïque, le principe de laïcité est beaucoup plus qu'une chance. Il est le pilier de notre unité et de notre cohésion, l'expression concrète et la condition même de la solidarité nationale ».
Extrait des propos de Jacques Chirac, à l’occasion des « rencontres pour l’Europe de la culture » au Palais de l’Elisée, 2 mai 2005 :
« Sans doute est-il même d'abord cela : la volonté d'un ensemble si divers de peuples et de nations de partager un même idéal de civilisation tout en restant fidèles à leurs identités respectives. Car être européen, ce n'est pas renoncer à soi-même, c'est au contraire être, par exemple, encore plus français, allemand, italien, espagnol ou polonais ou autre pour plonger ses racines dans le terreau de nations unies par la force d'un destin partagé. Depuis le Moyen Age, le mouvement de la culture saisit notre continent dans son entier. Le foisonnement des cultures nationales ou régionales s'en nourrit. Ce qui fait notre unité profonde exalte en réalité notre diversité(…) La concentration menace la diversité culturelle au même titre que la concurrence sauvage. Il est donc nécessaire et légitime que la puissance publique - c'est-à-dire nos États, c'est-à-dire aussi l'Europe - intervienne comme garante de la liberté d'expression et de la diversité culturelle. Mais c'est d'abord aux États de définir librement leur politique culturelle. C'est ainsi que l'Europe de la culture sera forte. (…) La diversité culturelle est élevée au rang des objectifs fondamentaux de l'Union. Sa nouvelle devise - " unie dans la diversité" »
Deborah FAZEL
DEBAT SUR LA DIVERSITE CULTURELLE
PROBLEME DE DELIMITATIONS ENTRE ECHELLE LOCALE, NATIONALE, INTERNATIONALE
Les débats sur la politique d’intégration et la laïcité en France sont accompagnés de préoccupations sur la diversité culturelle, les débats internationaux sur la mondialisation ou l’américanisation aussi… On peut, par ailleurs, trouver les travaux du Haut Conseil à l’Intégration, intitulés « diversité culturelle et culture commune dans l’audiovisuel ». On se réfère aussi à la notion de diversité culturelle en ce qui concerne les programmes proposés par les médias, le choix des présentateurs. Ou encore dans un autre registre, on souhaite aussi appliquer cette diversité culturelle à l’école…Ainsi, cette notion kaléidoscopique recouvre bien des sujets variés, et son application s’étend dans des domaines aux périmètres différents.
Il est question de soulever ici les différences d’application du concept de diversité culturelle selon que l’on se positionne au sein d’un État ou au sein d’une communauté d’États. Notre travail vise à souligner les ambiguïtés du modèle d’intégration à la française. À l’occasion de la récente crise des banlieues en France, l’opinion publique internationale semble questionner la politique intérieure d’intégration française qui viendrait contredire le modèle culturel européen prôné par l’État français en dehors de ses frontières. Les deux extraits du discours de Jacques Chirac fournissent le point de départ de notre réflexion.
LA FRANCE ET LA DIVERSITE A L’ECHELLE NATIONALE ET A L’ECHELLE INTERNATIONALE
La diversité peut être effectivement un sujet de débat au sein d’une nation et dans ce cas elle renvoie aux notions de communautés, minorités, multiculturalisme. Il est courant de voir opposer un modèle d'intégration "à la française", qui serait inspiré par une volonté d'assimilation à un modèle anglo-saxon qui respecterait l'épanouissement d'un "multiculturalisme".
La France, par rapport à l’Europe, se distingue dans son application de la notion d’intérêt général. Elle remet aux mains de l’État cette mission qu’elle associe à l’idée d’homogénéité culturelle. Son modèle laïc et républicain veut pourtant favoriser la cohabitation des religions, des communautés et une certaine intégration. Cette politique d’homogénéité culturelle française paraît, pour bon nombre de ses voisins, être antinomique avec l’idée même de diversité culturelle. C’est sur ce point qu’une grande confusion se crée. Il arrive qu’il soit reproché à la France d’avoir une attitude schizophrène avec la culture : car elle est à la fois tête de file de la lutte pour la diversité culturelle en dehors de ses frontières et militante pour une homogénéisation culturelle dans sa politique intérieure. Lors de la « crise dans les banlieues » on a pu lire dans la presse les critiques vives de journalistes étrangers, voire l’incompréhension de la politique française. Surtout que l’homogénéisation est souvent vécue comme un drame pour de nombreux pays en faveur de la diversité culturelle. Ainsi, la position de la France dérange, le plus souvent parce que sa pratique de la république est incomprise. Certains parlent d’"échec de l'intégration à la française". La France adopte effectivement deux logiques : l’homogénéisation pour établir une cohésion sociale et la diversité pour affirmer ses différences. Or, peut-on comparer les positions défendues par un pays dans ses rapports avec les autres États et celle qu’il défend pour réguler le lien social entre les individus de sa société ?
Ainsi, la notion de diversité culturelle prête aux amalgames car elle inclut deux échelles de réflexion qu’il est dangereux de mélanger. D’un coté, elle correspond à l’idée de la souveraineté des identités culturelles, de l’autre à la souveraineté nationale. Les deux questions à se poser sont bien différentes : comment faire cohabiter les cultures à l’échelle planétaire, face à la mondialisation et à l’affirmation de certaines cultures sur les autres ? Et comment faire cohabiter les différentes communautés culturelles à l’échelle nationale ? En conséquence, les rapports entre les membres d’une société et entre les sociétés doivent-ils être envisagés de la même manière? Doit-on appréhender le cadre inter-étatique et intra-étatique selon les mêmes principes ? Faut-il repenser les modèles d’intégration dont les remises en question, aussi bien en France qu’en Angleterre, se généralisent ?
La « crise dans les banlieues » a indirectement soulevé ce type de questionnements qui sont la traduction d’amalgames et d’incompréhensions (inhérents à la notion de diversité culturelle)
Par ailleurs, le débat sur la diversité culturelle a tendance à simplifier grossièrement le phénomène de mondialisation en opposant homogénéisation et fragmentation. Or la mondialisation est un processus qui s’accompagne d’une revendication identitaire et qui induit inexorablement la notion de fragmentation. Nous sommes pris entre diversité culturelle et culture mondialisée, dans un processus double.
Pourtant, défendre la diversité culturelle revient souvent à reconnaître la menace d’une culture universelle. Les défenseurs de la diversité culturelle, (au sens anthropologique de l’UNESCO) ont tendance à considérer une culture mondiale contre des cultures nationales. Cette tendance naïve à croire qu’une culture mondiale peut être intériorisée et faire abandonner nos propres cultures est fâcheuse.
Les phénomènes d’influence culturelle sont plus complexes : l’acculturation, par exemple, montre qu’une culture hybride ou métissée résulte de la rencontre avec une culture dissemblable. D’ailleurs, cette rencontre fait souvent prendre conscience de la diversité, elle est une occasion d’affirmer une identité. Le processus d’adoption d’une culture est donc nettement plus complexe que celui de l’américanisation du monde décrit par les fervents défenseurs de la diversité culturelle.
On ne peut donc pas aller vers une culture globale parce qu’il a un phénomène de métissage et d’hybridation à la fois à l’échelle internationale et de même à l’échelle nationale.
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