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  Internet et musique : l’ébullition
  Message publié le le 31/01/2007 à 12:13:14 par TARDIF Jean - lu 3682 fois
Internet, musique, vidéos et droits d’auteur : l’ébullition


Le Marché international des industries de la musique (MIDEM) qui s’est tenu à Cannes du 21 au 25 janvier 2007 a mis en évidence certaines données relatives à la diffusion de la musique enregistrée. Certaines initiatives illustrent des tentatives d’adaptation à l’évolution d’un secteur confronté aux défis inédits que présente Internet et contraint de réinventer son modèle économique.

1- La musique sans CD ?
Entre 2000 et 2005, le secteur a perdu 23 % de sa valeur et ce mouvement s'est poursuivi en 2006 (10,7 % pour la France). Même si les revenus de la musique numérique (Internet et téléphonie mobile) ont atteint l'an dernier 2 milliards de dollars à l'échelle de la planète, soit 10% du chiffre d’affaires total de l’industrie, suivant l’IFPI ils sont encore très loin de compenser la chute du marché physique.
765 millions de morceaux ont été téléchargés en 2006, soit une hausse de 89% par rapport à 2005. Les catalogues disponibles sont riches de 4 millions de titres, téléchargeables via 500 plates-formes dans le monde (IFPI).
En France, le bilan publié par le SNEP pour l’année 2006 indique que les ventes les ventes de musique (marché de gros) ont généré un chiffre d'affaires total (physique et numérique) de 862,7 millions d'euros. Les ventes de CD reculent de 12,4% et représentent 819,2 millions d'euros. Cette baisse n'est pas compensée par la hausse de 42% enregistrée sur les ventes numériques (téléchargement internet et mobile), qui atteignent 43,5 millions d'euros (dont 61% pour les sonneries).
2- Le téléchargement en France : plus d’utilisateurs mais moins de fichiers téléchargés
Selon une étude (*) de l'institut GfK, en partenariat avec le magazine SVM, le volume de fichiers téléchargés (musique, films, jeux vidéos, logiciels) en France a été divisé par deux en un an: leur nombre est passé de 1,3 milliard en 2005 à 620 millions en 2006. Plus de 95% sont récupérés illégalement.
Les internautes sont plus nombreux à avouer télécharger: 5 millions en 2006, contre 4,4 millions en 2005. La musique reste leur cible favorite, à raison de 14,6 titres par mois. Ce qui au total représente plus de 420 millions de morceaux téléchargés. Il y a un an, ce chiffre dépassait la barre du milliard. Parallèlement, le nombre de films téléchargés est en hausse pour atteindre 100 millions.
*http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,39366341,00.htm?xtor=EPR-100

3- Réactions d’entreprises
Fnac et Virgin
Fnacmusic.com et Virginmega.fr , les deux plates-formes de téléchargement concurrentes ont décidé de livrer une partie de leur catalogue au format MP3, sans protection anticopie: 150.000 titres pour Fnacmusic, 200.000 titres pour Virginmega.fr, grâce à des accords signés avec des maisons de disques et des agrégateurs indépendants (Believe, V2 Music, WildPalms, Babaorum...). En choisissant le MP3, un format universel sans DRM, les plates-formes françaises cherchent à s'affranchir du modèle imposé par Apple.
Laurent Michaud, analyste en charge des loisirs numériques à l'IDATE (Institut de l'audiovisuel et des télécoms en Europe) note qu’à chaque tentative de contrôle par les DRM, la communauté des développeurs trouve des solutions pour aller vers plus de liberté. Il est d’ailleurs symptomatique de voir EMI annoncer qu’elle a décidé de suspendre la mise en place de systèmes anticopie sur ses CD. Ce gel temporaire ne concerne pas les systèmes DRM (gestion numérique des droits) greffés sur les fichiers numériques achetés en ligne. «Cela ne signifie pas que nous avons définitivement abandonné les protections contre la copie, mais que nous sommes en train d'évaluer le dispositif», affirme la porte parole.
La BBC (British Broadcasting Corporation) poursuit ses expérimentations dans le domaine de la diffusion sur internet. Le groupe audiovisuel public a signé un partenariat avec la société californienne Azureus, spécialiste de la distribution peer-to-peer, pour diffuser certains de ses programmes et séries les plus célèbres - Red Dwarf, Strange, Invasion Earth ou encore Fawlty Towers. Azureus vient de lancer la plate-forme Zudeo destinée à une exploitation commerciale des contenus vidéo. Elle représente un compromis entre les sites communautaires de diffusion comme YouTube ou Dailymotion, et les logiciels peer-to-peer. Les producteurs de contenus peuvent mettre en ligne sur le site Zudeo leurs oeuvres, que les internautes peuvent ensuite télécharger grâce au logiciel Zudeo et à des liens BitTorrent classiques. Ces programmes seront protégés par des technologies de gestion numérique des contenus (DRM), non précisées par les deux partenaires. Le modèle économique - paiement à l'acte, abonnement, financement par la publicité ou autre – n’est pas encore choisi.
4- La publicité sur Internet en France en 2006 : + 48%
En France, les investissements publicitaires sur Internet qui est utilisé par 30 millions de Français, ont progressé de 48% en 2006 pour représenter quelque 1,7 milliards d’euros (Source : TNS Media Intelligence et Interactive Advertising Bureau).

La presse conserve encore sa première place avec une part de marché de 33,2 %. Elle est suivie de la télévision (29,8 %), soutenue par une forte progression des chaînes thématiques et la percée de la TNT. Le marché français de la publicité a représenté 21 milliards d’euros en 2006.

5- Partage des droits avec les auteurs : des promesses non encore réalisées
La plate-forme communautaire Jamendo, basée au Luxembourg, vient de lancer son programme de « partage des revenus publicitaires ». Il permet à des artistes de mettre à disposition, gratuitement, via le P2P. Chaque mois, les artistes inscrits à ce programme Revenue Sharing, se partageront 50% des recettes publicitaires de Jamendo suivant le nombre d'affichage de leurs pages respectives. Ce système sera testé durant le premier trimestre 2007, pour recueillir les commentaires des artistes, avant d'autres évolutions.
Le site YouTube, racheté par Google pour 1,65 milliards $ en octobre 2006, va partager ses revenus publicitaires avec les auteurs des vidéos qu’il diffuse, a annoncé Chad Hurley, l'un des fondateurs de la plate-forme vidéo, le 27 janvier à Davos. Utilisé chaque mois par plus de 70 millions d’internautes, YouTube lancera au printemps un système de rémunération basé sur diverses formules publicitaires, avec notamment des spots de trois secondes diffusés avant les vidéos. Ce partage des revenus sera ouvert aux internautes détenant l'intégralité des droits des vidéos qu'ils diffusent en ligne. «Il servira à récompenser la créativité des utilisateurs. Nous voulons voir comment les internautes interagissent avec la publicité, et construire un modèle efficace, pour satisfaire les utilisateurs ainsi que les annonceurs». La direction du site travaille à l’élaboration de systèmes permettant de protéger les droits d’auteurs, en apposant une sorte "d'empreinte digitale sonore" pour s'assurer que les maisons de disques sont payées pour l'utilisation de leurs chansons dans les clips diffusés par YouTube.
Cette annonce représente sans doute une tentative de répondre aux réactions des chaînes de télévision, ligues sportives et producteurs cinématographiques qui ont demandé à YouTube de retirer les clips et les films pour lesquels il ne verse aucun droit. Des accords ponctuels ont déjà été signés avec certains plaignants, comme CBS par exemple, impliquant le versement à la chaîne d'un forfait annuel sur les programmes disponibles sur YouTube utilisé désormais par CBS comme l’un de ses principaux vecteurs de communication. Un pacte de non-agression a été également conclu avec les Majors du disque (sauf EMI) prévoyant une rétribution forfaitaire quand une évaluation précise des revenus publicitaires de YouTube aura été réalisée


6- Réactions des sociétés d’auteurs : des alliances européennes
La SACEM française, la SGAE espagnole et bientôt la SIAE italienne mettent en place un service unique pour fournir aux opérateurs de musique en ligne et sur les mobiles, des licences paneuropéennes sur leurs répertoires. Les opérateurs de service de musique en ligne ou sur les mobiles pourront ainsi obtenir de l'une ou l'autre de ces trois sociétés d'auteurs, des licences de distribution paneuropéennes pour l'ensemble de leurs répertoires.
Une première alliance avait déjà vu le jour ces derniers mois entre la MCPS-PRS anglaise et la Gema allemande, deux autres grandes sociétés d'auteurs européennes qui se sont alliées avec l'éditeur EMI Music Publishing. Elles jouent un rôle de guichet unique pour l'attribution de licences paneuropéennes sur son répertoire, qui est le plus important au monde.
«Nous n'excluons pas qu'il puisse y avoir des accords entre ces différentes alliances. Cette alliance est ouverte à toutes les petites sociétés d'auteurs qui voudraient y rentrer», a indiqué Bernard Miyet, le président du directoire de la SACEM.
Entente des indépendants : l’agence MERLIN
Pour défendre leurs intérêts économiques sur le Net et éviter d’être ignorés par les principaux acteurs du marché et faire les frais des alliances entre les grandes sociétés, les labels indépendants mettent en place Merlin, une agence internationale basée à Londres. Cette association à but non lucratif sera chargée de négocier la diffusion de leurs catalogues avec les nouveaux réseaux d’exploitation de la musique.
Merlin rassemble des organisations telles que la Word Independent Network (WIN), l'Impala (association des maisons de production indépendantes en Europe), les représentants des indépendants au Royaume-Uni (AIM), en France (UPFI), Canada (CIRPA), Japon (ILCJ) ou encore Australie (AIR), ainsi que des membres de l'American Association of Independent Music (A2IM).
L'agence veut agir avec un mot d'ordre: «des accords équitables pour tous les indépendants». Elle prétend représenter 30% du marché de la musique, et quasiment 80% des nouveautés dans le monde. Un argument de poids pour négocier avec des sociétés internet, qui se posent comme des distributeurs internationaux incontournables. De quoi devenir «la cinquième major» de l'industrie, aux côtés des grandes maisons de disques Sony-BMG, Warner, Universal et EMI.
Selon Charles Caldas, directeur de cette Agence, Merlin permettra aux labels indépendants dans le monde de participer aux nouveaux modèles de licences et modèles économiques en étant compétitifs, et donnera aux nouveaux services en ligne un accès plus direct à leur répertoire. Et si nécessaire, elle orchestrera les procédures judiciaires pour faire respecter leurs droits.
7- Plusieurs modèles économiques
Depuis 2003, Patrick Zelnik, le PDG de Naive, soutient que ce n’est pas la musique mais le CD qui est en crise. Personne toutefois ne semble avoir encore trouvé le modèle économique qui permettra à l’industrie de composer avec la nouvelle réalité du numérique. Les discussions entourant la révision du calendrier de diffusion des œuvres video aussi bien que celles auxquelles a donné lieu la loi française visant à combattre le téléchargement illégal, montrent bien que la défensive ne constitue pas une solution tenable.
Tout en déployant des moyens extraordinaires pour maintenir leur position, les Majors semblent hésiter sur les voies à suivre, dont chacune comporte des risques difficiles à évaluer. Les auteurs et les créateurs se trouvent à cet égard dans une position ambiguë, les vedettes bénéficiant des revenus assurés par leurs succès pendant que les nouveaux venus sont prêts à envisager les formules qui leur permettront de se faire connaître et d’exister.
«Il n'y aura pas un seul modèle économique mais plusieurs, dans un monde où les technologies avancent si vite que les maisons de disques doivent s'adapter tous les jours selon Dominique Leguern, la directrice du Midem. Personne ne peut prédire lesquels, c'est trop compliqué.» Devant le comportement des internautes qui consomment de plus en plus de musique sans payer directement, il faut réaliser qu’on se retrouve face au modèle de la radio et recourir à la publicité pour la leur faire payer autrement, estime Jacques Attali.
A l'image de Yahoo, de nombreux sites proposant de l'écoute de titres en streaming (en direct et sans téléchargement) s'y sont déjà mis. Fonctionnant comme un mix de radio et de robinet à clips vidéo largement personnalisables, ces sites, très prisés des adolescents, sont gratuits et connaissent une audience croissante. «C'est le modèle le plus facile à mettre en place et de loin le plus développé, l'utilisation du Net comme nouveau canal de diffusion», selon Bob Roback, responsable de la musique chez Yahoo.

8 - Le point de vue de Chris Anderson, rédacteur en chef de Wired,

Chris Anderson, économiste, pronostique la fin des poids lourds de l'industrie musicale : «Un effondrement du système traditionnel»
Par Christophe ALIX Libération samedi 27 janvier 2007 http://www.liberation.fr/actualite/economie/231331.FR.php

Rédacteur en chef du magazine américain Wired, une référence sur la côte Ouest, l'économiste Chris Anderson (1) est venu exposer au Midem de Cannes sa vision de l'industrie musicale à l'ère des réseaux.
Vous soutenez que la distribution numérique des produits culturels permettra d'en vendre plus, mais dans des quantités moindres. Qu'est-ce que cela signifie ?
Le monde de la musique physique, qui est celui d'une consommation de masse standardisée, est caractérisé par la rareté des canaux de diffusion (radios et télévision essentiellement) et l'espace forcément limité des points de vente. D'où la nécessité de se concentrer sur les goûts les plus évidents, les plus communs du public, autrement dit les blockbusters et le top 50. En donnant accès à un espace illimité, accessible depuis n'importe quel point la planète, l'Internet a mis à terre cet ancien modèle. Dans la musique comme dans le reste des industries culturelles, la migration vers le numérique signifie qu'il y a désormais la place pour un choix infini et donc une demande illimitée.
C'est le triomphe des niches, small is beautiful ?
Nous assistons à l'effondrement final du système traditionnel avec un transfert du pouvoir, déjà entamé, vers les créateurs et les consommateurs. Sur le Net, il n'y a plus une seule cible, un public, vous pouvez vous intéresser à tous les goûts des consommateurs et de milliers de microcommunautés. Je me fous du top 50, vu que je peux satisfaire toute ma curiosité en découvrant des milliers de titres de fond de catalogue auxquels je n'avais plus accès depuis longtemps dans les magasins.
Est-ce à dire qu'il n'y aura plus de Madonna ou de Beyoncé ?
Non, mais la part relative de ces poids lourds de l'industrie musicale ne va cesser de baisser. Plutôt que d'avoir quelques très gros morceaux à 10 millions d'exemplaires écrasant tout le secteur et dictant la loi des majors, on va avoir quelques très beaux succès à deux millions d'exemplaires et des dizaines de milliers d'artistes à quelques centaines d'exemplaires ou même moins. On va vers une fragmentation des audiences et des marchés qui va redéfinir la notion même de succès. La sacro-sainte règle du 80-20 (20 % de l'offre fait 80 % des ventes) sera de moins en moins pertinente pour fonder une activité et des milliers de microstars pourront gagner leur place à côté des mégastars d'aujourd'hui.
Que conseilleriez-vous aux majors ?
Je leur conseillerais de signer bien plus d'artistes et de passer directement au top 2000 ! L'ennemi, ce n'est pas ce que l'on appelle la piraterie, qui est un terme inapproprié puisque la fréquentation des réseaux P2P n'a rien de criminelle, c'est la volonté de faire perdurer un modèle qui n'a plus aucun sens à l'ère de la profusion numérique... Le fait que les indépendants s'en tirent aujourd'hui mieux outre-Atlantique que les majors montre que l'Internet est un véritable vecteur de diversité musicale.
Ces derniers peuvent-ils réellement s'affranchir des maisons de disques ?
Techniquement parlant, les artistes n'ont plus besoin de maisons de disques, oui. Ni pour se produire ni pour se faire connaître, comme l'illustre la puissance colossale du bouche à oreille en ligne. Ils peuvent également trouver des voies de distribution alternatives sur le Net, et demain de nouvelles sources de financement comme la publicité. Si elle veut survivre, l'industrie musicale doit s'adapter et proposer de vrais services en arrêtant de se positionner comme un vendeur d'enregistrements. Elle doit arrêter de prendre les consommateurs pour des pirates doublés d'idiots prêts à se laisser séduire par leur marketing d'un autre âge.
Existe-t-il déjà des marchés préfigurant ce que sera la musique demain ?
La Chine est un bon exemple. Voilà un pays où presque tout est piraté et la musique globalement gratuite. Si l'on y fait de l'argent dans la musique, c'est avec ce qui n'est pas repliable, c'est-à-dire pas numérique : le merchandising, les contrats de licence de droits et le live, qui sera demain la première richesse de l'industrie musicale.
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Une entrevue plus longue avec Chris Simon est publiée sur le site Abeille Musique : http://www.abeilleinfo.com/chronique.php?id_chro=5850&langue=fr








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