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1.1 Mondialisation et cultures : quels enjeux?
1.2 De «l'exception culturelle» au pluralisme culturel

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  Mondialisation : opportunité ou menace ?
  Message publié le le 10/02/2010 à 13:10:06 par Olivier N. MBABIA - lu 19880 fois
Olivier N. MBABIA
oliviermbabia@yahoo.com


La mondialisation : opportunité ou menace pour la culture?


La mondialisation ne se limite pas au domaine de l’économie, de la politique ou de l’environnement ; elle constitue un fait social complet, impliquant de ce fait la culture. Ce domaine est, selon le rapport du PNUD sur le développement humain de 2004, « tout aussi controversé et sème de la discorde, parce qu’il engage des individus ordinaires non simplement des économistes, des responsables gouvernementaux et des activistes politiques »1 Avec la mondialisation, il n’y a plus de frontières ; elle favorise des contacts entre les individus, leurs valeurs, leurs idées et leurs modes de vie. Si pour certains, cette diversité est synonyme d’enrichissement, pour d’autres par contre, elles source d’inquiétude. Ainsi pour Claude Lévi-Strauss, « l’humanité s’installe dans la monoculture, elle s’apprête à produire la civilisation en masse » 2.

Dans cet ensemble de mutations fondé sur le marché et sur une société globale, les tendances à l’uniformisation des modes de vie et à l’aplanissement des différences culturelles trouvent un regain de vigueur. En diffusant les principes du marché, la mondialisation a créé de nouvelles formes d’inégalités, mettant à profit la culture des pays économiquement puissants et suscitant une tension plutôt qu’un pluralisme culturel. Les États ont de plus en plus des difficultés à maîtriser le flot transnational d’idées, d’images et de ressources qui affecte le développement culturel. De ce fait, on parle de crises culturelles de la mondialisation qui s’accentuent et se cristallisent à plusieurs niveaux. Toutefois, la mondialisation a un caractère ambivalent en ce qu’elle n’est ni bonne ni mauvaise pour la culture ; elle apporte des avantages comme des inconvénients. Quel est l’avenir de la culture au sein de la mondialisation ? La mondialisation ne menace-t-elle pas l’« identité » même des peuples et des civilisations ? Les particularismes culturels sont-ils condamnés à disparaître ? Ce sont là autant de questions que soulève l’aspect culturel de la mondialisation.



I - La diversité culturelle : une opportunité pour la culture


1.1- L’interpénétration des cultures : un enrichissement


Il s’agit de donner plus la priorité aux aspects positifs que négatifs de l’ambivalence de la mondialisation et donc il appartient aux sociétés de définir les conditions dans lesquelles elles veulent aménager leurs interactions en faisant de leurs différences un enrichissement et non une cause de conflits. Ainsi, il faut entendre la liberté culturelle comme un élément essentiel du développement humain. « Toute société tient à sa sécurité physique et veut que sa culture soit connue et reconnue par les autres » 3. Il est donc nécessaire que l’ « Homme » se rende compte de ce que peut lui apporter l’ « autre ». Les différents éléments culturels se complètent et la « superposition des cultures » est une source d’enrichissement tant personnel que pour l’ensemble de la société. Quels sont les avantages de la diversité culturelle ? Reconnaître la diversité culturelle c’est d’abord admettre la pluralité des cultures du monde. La respecter, c’est valoriser l’hétérogénéité fondamentale des cultures, constater que parfois elles n’ont pas entre elles des points communs immédiats, et se donner la tâche de faire le relevé des différences mais aussi des zones de contact existantes ou possibles.

De ce fait, les revendications identitaires définies par Jean-Pierre Warnier comme des « conduites identificatrices revendiquées par un groupe ethnique de manière agressive au regard des autres groupes, et autoritairement conformistes à l’intérieur » 4 sont des comportements compréhensibles mais qui doivent être canalisés. Ainsi, la mise en place de politiques culturelles apparaît comme un moyen qui permettrait de favoriser le développement humain. De plus, « les politiques culturelles se fondent sur trois constats : les industries culturelles sont une branche importante de l’économie : elles créent des emplois. La culture au sens large (éducation, communication, savoir faire) est un facteur important du développement économique. Enfin, le patrimoine culturel (musées, sites historiques, paysages) est aussi une dimension importante de l’identité culturelle et un outil important de développement touristique » 5.


1.2.- La connaissance et le dialogue des cultures


Les États doivent avoir une volonté délibérée de donner la priorité davantage à ce qui rapproche qu’à ce qui éloigne les cultures. Il s’agit de créer et de mettre en place des actions concrètes en faveur de la reconnaissance réciproque : apprentissage des langues, étude des différentes civilisations et établissement de contacts entre les cultures et les personnes. Ceci en vue d’une acceptation loyale, respectueuse et réciproque des différences et des divergences entre les cultures. Le but final étant l’établissement d’une diversité culturelle ; une raison de plus pour chercher des solutions par le respect mutuel et le dialogue, l’unité dans la diversité.

Il est aussi important d’assurer une plus grande égalité des chances à la création. Mais si le dialogue interculturel semble nécessaire, « la préservation de la diversité des cultures est complexe de par le caractère impalpable et intrinsèquement vivant de la notion de culture » 6. Ainsi, les politiques culturelles sont un moyen de conserver les différences culturelles d’un État. Toutefois, il faut élargir le champ d’action car « les enjeux d’identité et de culture sont au cœur de la dynamique mondiale et il appartient au politique d’assurer cette dimension en introduisant les enjeux géoculturels dans la gouvernance globale sur le même pied que les enjeux géopolitiques et géoéconomiques » 7.

Dominique Wolton observe que les processus de mondialisation, facilités par l’évolution rapide des technologies de l’information et de la communication, s’ils créent les conditions inédites d’une interaction renforcée entre les cultures, représentent aussi un défi pour la diversité culturelle, notamment au regard des risques de déséquilibres entres pays riches et pays pauvres. 8 Ainsi, « la mondialisation aboutit naturellement à l’élargissement de notre vision du monde mais, contrairement à ce que l’on prédisait, pas nécessairement à une meilleure connaissance de celui-ci, puisque par les mécanismes qui s’y développent, notre perception du monde repose sur une multiplication de stéréotypes. » 9 Et ces stéréotypes fonctionnent comme des opérateurs qui établissent des rapports de domination entre les cultures et c’est de là que surgit le plus grand danger pour l’épanouissement des cultures.

Nous en arrivons aux crises culturelles de la mondialisation.


II. - Les crises culturelles de la mondialisation


Les progrès dans la technologie de communication et des moyens de transport au cours du XXe siècle défient les frontières géographiques et ont révolutionné notre façon de vivre.10 En rendant le monde de plus en plus interdépendant, la mondialisation a également accentué les risques de propagation de tout incident à toutes les échelles mais aussi les risques de voir se développer des crises culturelles. Par son effet, la mondialisation provoque deux sortes de crises culturelles : la crise de l’uniformisation des cultures et la crise de l’opposition des cultures.


2.1.- Les crises de l’uniformisation des cultures


« Le développement humain est le processus qui consiste à élargir la gamme de choix qui s’offre aux individus afin de leur permettre de faire et d’être ce qui leur est plus cher ». La liberté culturelle « est la faculté donnée aux individus de vivre et d’être ce qu’ils choisissent, en ayant réellement la possibilité de considérer d’autres opinions ». Pourtant la tendance est depuis quelques années, à une domination du monde par les puissants. On assiste à une certaine occidentalisation du monde ces dernières années, comme nous le voyons avec la culture américaine, avec la promotion de la démocratie et du modèle capitaliste. De fait, les mécanismes de diffusion de comportements, que sont la télévision et l’Internet sont sans doute les plus puissants.11 Il se produit ce qu’on peut appeler une « McDonalisation ». On retrouve ici un rapport de domination annoncé par Dominique Wolton, c’est-à-dire l’uniformisation culturelle résultant du phénomène qui implique l’imposition ou l’adoption consentie de valeurs, styles culturels, icônes et images projetés planétairement à partir de la singularité de l’expérience nord-américaine et d’un modèle de consommation complètement standardisé. Ce processus d’impérialisme culturel est facilité par le caractère profondément antidémocratique des médias de masse qui, dans la plupart des pays, arrivent à exercer une influence publique sans contrepoids face à l’inexistence des dispositions légales effectives et de pratiques institutionnalisées pouvant garantir un niveau minimum de contrôle démocratique sur eux.

Toutefois, sur le plan national, les dirigeants des mouvements prônant la domination culturelle croient à leur propre supériorité culturelle et essaient d’imposer leurs idéologies aux autres, à la fois au sein de leur communauté et au dehors. Certains cherchent à contraindre par le biais de campagnes politiques et de menaces. Dans certains cas extrêmes, ils utilisent également des moyens violents tels que les agressions haineuses, les expulsions, le nettoyage ethnique. En tant que force politique, l’intolérance menace de submerger les processus politiques dans nombre de pays à travers le monde. Les mouvements en faveur de la domination culturelle prennent différentes formes : partis politiques, milices, groupes violents, réseaux internationaux et même pouvoirs publics. Il est naïf de présumer que les sociétés démocratiques sont immunisées contre l’intolérance et la haine. Ce qui distingue les mouvements visant la domination culturelle est leur affirmation d’une supériorité culturelle et leur intolérance. Ils prennent pour cible la liberté et la diversité et ont souvent recours à des politiques d’exclusion dans les différents leviers culturels.

Ainsi, les crises liées à l’uniformisation des cultures proviennent de diverses sources.

D’une part, sur le plan religieux, beaucoup de minorités religieuses souffrent de diverses formes d’exclusion, parfois du fait de la suppression explicite de la liberté religieuse ou de discriminations. Ce problème particulièrement courant dans les pays non laïques où il y a une religion d’État. Mais dans d’autres cas, l’exclusion peut être moins directe ou souvent non intentionnée, comme lorsque le calendrier officiel ne reconnaît pas les jours fériés d’une minorité, etc. D’autre part, sur le plan juridique, les demandes en faveur d’un pluralisme juridique dans certains États (plus particulièrement la prise en compte des systèmes juridiques traditionnels) se heurtent à la résistance de ceux qui craignent qu’il ne sape le principe d’un système juridique unifié, ou qu’il n’encourage des pratiques traditionnelles contraires à la démocratie et aux droits de l’homme.

Par ailleurs, la question linguistique est souvent un problème dans les États multiculturels. De fait, la source la plus fréquente d’exclusion généralisée, même dans les démocraties bien établies, est la politique de la langue unique. De même, la diversité des biens culturels bénéficie d’économies d’échelles. Les créations des grands producteurs tendent à évincer celles des petits producteurs, notamment dans les pays les plus pauvres. On note ainsi, dans le secteur des industries culturelles comme dans d’autres secteurs (banque, automobile, assurances) la multiplication des fusions acquisitions et alliances à l’origine de l’émergence de grands groupes qui mettent en jeu des sommes de plus en plus importantes. Ces opérations de concentration ont considérablement modifié la configuration du marché des industries culturelles, faisant coexister de gigantesques groupes transnationaux avec une multitude d’acteurs indépendants satellites (on nomme cette configuration « oligopole à frange »). Cette forme de concentration dans un marché déjà concentré et fortement internationalisé pose ouvertement la question non seulement de la régulation efficace de la concurrence (lutter contre la position dominante) mais aussi celle bien plus profonde de la mise en valeur de la diversité culturelle et de la protection des indépendants. 12

Bien que la mondialisation est perçue par certains comme un puissant vecteur d’enrichissement et de stimulation de la diversité, pour d’autres, elle est plutôt désarmante et troublante en cela qu’elle signifie la perte de valeurs et des modes de vie constituant ainsi une menace pour l’identité culturelle. Par conséquent, une réaction extrême consiste à chasser les influences étrangères, une approche qui n’est pas seulement xénophobe et conservatrice mais également régressive, rétrécissant au lieu d’élargir les libertés et les choix. Ce qui fait que pendant longtemps de nombreuses identités culturelles ont été exclues, ignorées ou tout simplement supprimées.

L’une des thèses avancées, est que permettre à la diversité de s’épanouir risque d’affaiblir l’État, de déboucher sur des conflits et freiner le développement. Vu sous cet angle, la meilleure approche de la diversité est l’assimilation autour d’une norme nationale (ou mondiale) unique, conduisant à la suppression des identités culturelles. De ce fait, deux approches de l’immigration dominent les politiques de la plupart des pays : le « différentialisme » (les immigrés conservent leurs identités mais ne s’intègrent pas au reste de la société et « l’assimilation » (sans avoir le choix de conserver l’ancienne identité).


2.2.- Les crises liées à l’opposition des cultures


La liberté culturelle, on l’a déjà souligné, est un élément essentiel du développement humain.
Avec l’augmentation accentuée des flux migratoires, les États sont de plus en plus confrontés à de nouvelles préoccupations.

Bien gérée, une plus grande reconnaissance des identités apportera une diversité culturelle accrue à la société, enrichissant la vie des individus. Mais il existe également un risque non négligeable de conflit lorsque les identités sont mal gérées. Il en résulte des luttes au sujet de l’identité culturelle qui peuvent devenir rapidement l’une des plus grandes sources d’instabilité à l’intérieur de l’État. Ainsi les revendications identitaires constituent une phase négative du rapprochement entre cultures. Pourtant, la coexistence des groupes culturellement distincts n’est pas en soi une cause de conflit, par contre il est dangereux de laisser les inégalités économiques et politiques s’aggraver entre ces groupes ou de supprimer les différences culturelles parce que les groupes culturels sont facilement mobilisables pour protester contre ces disparités considérées comme des injustices.

A l’échelon mondial, certains théoriciens ont soutenu que le XXIe siècle connaîtra un « choc des civilisations ». Samuel Paul Huntington dans son célèbre paradigme raisonne en termes de civilisations, sans véritablement donner aucune définition opérationnelle de ce concept.13 Un autre auteur associe la mondialisation à une menace qui mène à la balkanisation du monde où l’on verra s’affronter culture contre culture, peuple contre peuple et tribu contre tribu.14 Une nouvelle vague de déterminisme culturel commence à avoir de l’emprise sur certains débats politiques, attribuant les échecs de la démocratisation dans le monde non-occidental aux traits culturels inhérents d’intolérance et de « valeurs autoritaires ». Ainsi, les théories du déterminisme culturel méritent d’être examinées de façon critique en raison de leurs implications politiques dangereuses. Elles peuvent alimenter l’attrait pour des politiques nationalistes qui dénigrent ou oppriment les cultures « inférieures », faisant soi-disant obstacle à l’unité nationale, à la démocratie et au développement. De telles attaques contre les valeurs culturelles attiseraient alors des réactions violentes qui pourraient nourrir les tensions à la fois au sein des nations et entre elles.

Dans la pratique, deux types d’exclusion existent à grande échelle sur tous les continents, quel que soit le niveau de développement ou la forme de régime politique. La première est l’exclusion fondée sur le mode de vie, qui ne reconnaît pas le droit au libre choix d’un style de vie qu’un groupe et qui insiste sur le fait que les individus doivent vivre sensiblement, voire exactement comme tous les autres dans la société. L’oppression religieuse, ou l’insistance pour que les immigrés abandonnent leurs pratiques culturelles et leurs langues en sont des exemples. La seconde est l’exclusion à la participation, lorsque les individus sont victimes de discriminations ou de désavantages au niveau des possibilités sociales, politiques et économiques en raison de leur identité culturelle.

Bien sûr, les limitations imposées à la liberté culturelle se déclinent sur une vaste gamme. À l’un des extrêmes se trouve le nettoyage ethnique. Puis, il y a des restrictions formelles à la pratique de la religion, de la langue et de la citoyenneté. Mais plus fréquemment, l’exclusion culturelle tient à un simple manque de reconnaissance ou de respect vis-à-vis de la culture ou du patrimoine des individus, ou du fait que certaines cultures soient considérées comme inférieures, primitives ou non civilisées. Cette exclusion peut se refléter dans les politiques publiques : aussi bien lorsque le calendrier officiel ne respecte pas les jours fériés religieux d’une minorité, lorsque les manuels scolaires omettent ou déprécient les réalisations des dirigeants des minorités, ou encore lorsque l’on ne soutient que la littérature ou les autres arts qui célèbrent la réussite de la culture dominante.

L’exclusion fondée sur le mode de vie se superpose souvent à l’exclusion sociale, économique et politique sous la forme de discrimination désavantageant les personnes concernées en matière d’emploi, de logement, d’instruction et de représentation politique. Néanmoins, l’exclusion fondée sur le mode de vie et l’exclusion de la participation ne se recoupent pas toujours. Par exemple, les individus d’ascendance chinoise dans le Sud-est asiatique sont économiquement dominants mais culturellement exclus, notamment du fait des restrictions imposées aux écoles de langue chinoise, de l’interdiction de publier en chinois et des pressions sociales exercées sur les individus de descendance chinoise pour qu’ils adoptent des noms locaux, etc. C’est la raison pour laquelle les groupes luttent pour que leurs langues soient reconnues et utilisées dans l’enseignement et dans les actes juridiques et politiques.

Dans le années 1960, Herbert Marcuse prédisait la réduction de l’individu à une seule facette : un conformisme asservi par la technologie et dans lequel la civilisation ne produirait plus qu’un « homme unidimensionnel »15. Mais à cette époque, la capacité de contestation dominait, et la prophétie de Marcuse paraissait excessive. Aujourd’hui, la capacité du marché à assimiler différences et contestations et à brouiller toutes oppositions idéologiques, remet les craintes de Marcuse à l’ordre du jour.


III. - Les solutions aux crises culturelles de la mondialisation : les politiques multiculturelles


A peu près tout le monde s’entend sur le fait qu’il faut protéger les diversités culturelles sur la planète. En effet, la mondialisation, comme on vient de le voir, menace les identités locales et nationales. « Gérer la diversité culturelle est l’un des défis fondamentaux de notre époque » 16.
Mais comment protéger les cultures nationales tout en reconnaissant, en respectant et en acceptant les autres cultures ? Faut-il protéger les cultures nationales ? Autant de questions que l’on peut se poser et qui amènent au constat suivant : les politiques culturelles en faveur de la diversité et le multiculturalisme sont peut-être les solutions les plus adéquates face à l’uniformisation et à l’opposition des cultures. Il s’agit de mettre en exergue les actions et les politiques susceptibles de lutter contre l’exclusion culturelle. Les menaces générées par la mondialisation pour les différentes cultures ne doivent pas entraîner des attitudes nationalistes ni conservatrices mais au contraire favoriser le développement de politiques multiculturelles en faveur de la diversité et du pluralisme.


3.1.- Les avantages du multiculturalisme


« Le pluralisme culturel doit être un projet politique qui constitue l’un des fondements de la paix et un des moyens de maîtriser la mondialisation » 17. Abdou Diouf ajoute que le pluralisme culturel a pour objectif de « discipliner les relations humaines et de les ordonner en définissant les conditions d’interactions équilibrées entre les sociétés et les cultures et les cultures, compte tenu notamment du rôle et du poids des médias globaux ». Selon lui, « il s’agit de défendre l’ouverture maîtrisée, le droit de pouvoir, dans le respect des valeurs fondamentales soumises à la pensée critique et dans le respect des autres, exercer ses choix individuels et collectifs dans des conditions suffisantes d’autonomie, sans contraintes ou conditionnements extérieurs déterminants, y compris pour la production et l’échange de ses diverses formes d’expression culturelle ».

« Aujourd’hui, la préservation de la diversité culturelle passe avant tout par la mise en place de quotas ! […] mais l’UNESCO bataille pour construire une légitimité de la diversité en dehors du champ de la concurrence » 18. Ce processus doit être maîtrisé par une démarche politique qui associe toutes les catégories d’acteurs concernés (autorités représentatives, groupements privés, personnes civiles…) pour définir les conditions de l’exercice de leurs responsabilités.

Ainsi, « le multiculturalisme est la bannière de ceux qui voient dans cette reconnaissance le salut de la société moderne ». Milena Doytcheva observe qu’« il s’agit d’un projet de promotion équitable des différentes cultures dans l’espace public, un remède à apporter à l’effervescence identitaire qui s’est emparée du monde afin de permettre la coexistence pacifique, à l’intérieur d’une même organisation politique, des populations issues d’horizons culturels différents»19. Si l’on prend pour exemple le Canada, terre d’immigration, on remarque que le multiculturalisme y est de mise. Au Canada, tout est mis en œuvre pour respecter la diversité culturelle. Le samedi, par exemple, les écoles publiques sont louées par les différentes communautés pour y organiser des cours de langue d’origine pour les enfants de ces différentes communautés. A l’extrême, en 2005, la Charria a bien failli être légalisée et appliquée par les tribunaux canadiens pour régler les différends familiaux entre ressortissants musulmans. Enfin, pour 75% des Canadiens, l’immigration, donc la diversité culturelle est une chance pour le Canada.


3.2.- Quelles politiques multiculturelles ?


Les politiques d’appui à la culture ne peuvent ignorer la libéralisation des échanges et le rôle grandissant des médias transnationaux. Les politiques culturelles nationales ne peuvent plus être efficaces si elles ne tiennent pas compte des dynamiques extérieures. Comment concevoir les politiques publiques pour gérer de façon efficace les conséquences et les effets de la mondialisation culturelle qui se font sentir dans l’espace national ?

Il semble judicieux de mettre en place des politiques multiculturelles à plusieurs niveaux, comme le préconise le rapport du PNUD de 2004. Il s’agirait, par exemple, de politiques garantissant la participation politique de l’ensemble des individus, une démocratisation, puisque le partage du pouvoir est souvent décisif pour résoudre les tensions.

Il est aussi important d’instaurer des politiques garantissant la liberté religieuse afin d’éviter l’exclusion directe ou indirecte liée à la religion (exemples : jours fériés, codes vestimentaires dans les institutions publiques…). Au niveau du droit, il serait intéressant de penser à des politiques en faveur du pluralisme juridique pour que « les populations issues d’autres groupes culturels obtiennent la reconnaissance de leurs systèmes juridiques traditionnels afin d’avoir accès à la justice » (PNUD).

De plus, la langue est souvent la question la plus disputée dans les États interculturels. Les aires linguistico-culturelles ont en effet un rôle à jouer comme acteurs à part entière du monde politique. De ce fait, des politiques linguistiques, reconnaissant différentes langues symboliseraient le respect envers les individus qui la parlent et leur culture, ainsi que leur intégration pleine et entière dans la société.

Enfin, les injustices socioéconomiques et les inégalités en termes de revenus, d’éducation et de santé ont été la caractéristique déterminante de nombreuses sociétés multi-ethniques comportant des groupes marginalisés. Il semble donc indispensable de penser des politiques socioéconomiques favorisant l’équité, essentielles pour remédier à ces inégalités. On peut citer l’exemple de la « politique identitaire américaine » qui, depuis le début des années 1970, a mis en place une série de mesures en faveur des minorités (écoles, universités, entreprises) ou des « politiques identitaires en Amérique latine » (plus particulièrement au Nicaragua, au Brésil, en Colombie et au Mexique) qui, d’après leurs constitutions, sont des « Nations multiculturelles dont la diversité est garantie et protégée par l’État »20.

Ainsi, on pourrait espérer « opposer à la perspective redoutable des chocs de civilisations celle d’une mondialisation maîtrisée où le pluralisme culturel, assumé politiquement constituera l’un des fondements d’un monde multipolaire interdépendant ». D’autant plus que, nonobstant le présupposé processus de dépossession culturelle engendré par la mondialisation, l’émergence d’une culture matérielle mondiale ou des mouvements culturels transnationaux à l’échelle de la planète n’est pas une chose nouvelle. Après tout, l’expansion des grandes religions monothéistes, la commercialisation mercantile des épices, du sucre, la diffusion transcontinentale de la culture du riz, du maïs, de la tomate, de la pomme de terre ont été des effets de globalisation dont on ne peut pas dire qu’ils ont mis fin à la diversité culturelle du monde. De même que la prédominance contemporaine de l’anglais a eu des précédents : le grec, le latin, le persan, l’arabe, le français ont été des langues qui ont prétendu à l’universalité, non sans raison. 21






1 Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), Rapport mondial sur le Développement humain, La liberté culturelle dans un monde diversifié, 2004, p. 85
2 Centre tricontinental Louvain la Neuve, Culture et mondialisation, résistances et alternatives, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 19
3 A. Diouf, Le pluralisme culturel, Le Monde, 22 mai 2003
4 J-P Warnier, La mondialisation de la culture, Paris, La Découverte, 1999, p. 102
5 J-P Warnier, op cit., p. 63
6 T. Paris « Diversité culturelle et mondialisation », RAMSES 2005, IFRI, Dunod, 2004, p. 179
7 A. Diouf, « Le pluralisme culturel », op. cit.
8 Voir D. Wolton, Il faut sauver la communication, Paris, Flammarion, 2005
9 Ibid.
10 Voir http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID
11 D. Cohen, La mondialisation et ses ennemis, Barcelone, Grasset et Fasquelle, 2004, p. 145
12 J-C Forestier et al., « La culture en mal de politique : la concentration des industries culturelles en Europe face au défi de la diversité ». http://www.lexception.org
13 S. P. Huntington, « The clash of civilization and the Remaking of world order », Foreign Affairs, vol. 72, n°3, été 1993, Le choc des civilisations, Paris, Odile Jacob, 1997
14 B. Barber, Djihad vs McWorld : mondialisation et intégrisme contre démocratie, Paris, Désclée de Brouwer,
1996, p. 156
15 H. Marcuse, L’homme unidimensionnel, Paris, Ed. de Minuit, 1968
16 PNUD, La liberté culturelle dans un monde diversifié, 2004
17 A. Diouf, « le pluralisme culturel, un projet politique », op. cit.
18 T. Paris, « Diversité culturelle et mondialisation », op.cit., p. 183
19 M. Doytcheva, Le multiculturalisme, Paris, La Découverte, 2005, p. 5
20 M. Doytcheva, Le multiculturalisme, op. cit.,
21 J-F. Bayart, Vers un monde unique ?, Projet, n° 281, 2004-07, pp. 55-62


Bibliographie

BARBER Benjamin, Djihad vs McWorld, mondialisation et intégrisme contre démocratie,
Paris, Desclée de Brouwer, 1996
BAYART Jean-François, Vers un monde unique, Projet, n°281, 2004-07, pp. 55-62
COHEN Daniel, « La mondialisation et ses ennemis », Barcelone, Grasset et Fasquelle, 2004
DIOUF Abdou, « Le pluralisme culturel, un projet politique », Le Monde, 22 mai 2003
DOYTCHEVA Milena, Le multiculturalisme, Paris, La Découverte, 2005
FORESTIER Jean-Christophe et al., « La culture en mal de politique : la concentration des industries culturelles en Europe face au défi de la diversité ». http://www.lexception.org
HUNTINGTON Samuel Paul, « The Clash of Civilization and the Remaking of the World Order », Foreign Affairs, vol. 72, n°3, été 1993. Le choc des civilisations, Paris, Odile Jacob, 1997
PARIS Thomas, « Diversité culturelle et mondialisation », RAMSES 2005, pp. 173-187
Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), Rapport mondial sur le
Développement Humain, La liberté culturelle dans un monde diversifié, 2004
WARNIER Jean-Pierre, La mondialisation de la culture, Paris, La Découverte, 1999
Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII), Centre d’analyse stratégique, Les Dossiers de la Mondialisation, Mondialisation et diversité culturelle, Dossier
n°6, avril 2007, http://www.rdv-mondialisation.fr
WOLTON Dominique, Il faut sauver la communication, Paris, Flammarion, 2005



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