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1.1 Mondialisation et cultures : quels enjeux?
1.2 De «l'exception culturelle» au pluralisme culturel

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  MOndialisation: n mal nécessaire pour la culture?
  Message publié le le 08/02/2010 à 22:49:09 par Ogoubi YAO - lu 7916 fois
Rodrigue Ogoubi YAO
rodriguejoy@yahoo.fr


La mondialisation est-elle un mal nécessaire pour la culture ?


Introduction


L’anthropologue Claude Lévi-Strauss a eu dans les années 1980 à propos du rapport entre la mondialisation et la culture, cette formule : « L'humanité s'installe dans la monoculture ; elle s'apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat. ». S’agit-il d’une pensée visionnaire ? Le phénomène de la mondialisation ne connaît en effet une grande amplitude que depuis les années 1990 avec à cette époque, une expérimentation à peine existante des conséquences du phénomène.

La mondialisation qui est un processus dynamique de multiplication des échanges des biens et services, comporte plusieurs aspects et va jusqu’à englober le flux des échanges de biens culturels. Qu’est-ce qu’une industrie culturelle ? « Toutes les définitions s’accordent à considérer qu’il s’agit de secteurs qui conjuguent la création, la production et la commercialisation de biens et de services dont la particularité réside dans l'intangibilité de leurs contenus à caractère culturel, généralement protégés par le droit d’auteur. Les industries culturelles incluent l’édition imprimée et le multimédia, la production cinématographique, audiovisuelle et phonographique, ainsi que l’artisanat et le design. Certains pays étendent le concept à l’architecture, aux arts plastiques, aux arts du spectacle, aux sports, à la fabrication d’instruments de musique, à la publicité et au tourisme culture. » (UNESCO).

Cette mondialisation de la culture s’effectuant dans une inégalité caractérisée par une différence de puissance entre les acteurs économiques, créateurs, producteurs et commerçants des biens issus des industries culturelles, permet aux acteurs les plus puissants de diffuser plus facilement leurs biens culturels véhiculant par le même fait les valeurs de la puissance distributrice. Cette culture dominante s’imposant majoritairement, explique la crainte manifestée par plusieurs acteurs, de voir le monde sombrer dans une culture unique. Une mondialisation culturelle qui se fait avec heurt et pour cause, elle est à l’origine de la disparition de nombreuses autres cultures plus faibles.

Qu’est-ce que la culture ? Voici la définition qu’en a donnée l’UNESCO à la conférence mondiale sur les politiques culturelles à Mexico (26 juillet – 6 août 1982) dans sa déclaration sur les politiques culturelles: « La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. » . Il va s’en dire après cette définition que la culture est la caractéristique d’une société, c’est-à-dire un élément fondamental d’une société la distinguant par ce même fait d’une autre société qui possède elle aussi sa culture. Selon la définition de l’Unesco, il y aurait autant de cultures que de sociétés.

Comme présentée sommairement plus haut, la mondialisation économique s’accompagne d’une mondialisation des cultures. Les pays les plus engagés dans le processus véhiculent au travers de leurs expansions économiques, leurs cultures. S’ensuivent des phénomènes d’acculturation, c’est-à-dire un processus de construction d’une culture nouvelle. Cette dernière constitue un mélange entre une culture de base et une culture nouvelle avec laquelle un contact a été établi. En conséquence, il y a disparition de la culture d’accueil puisqu’elle change complètement de sa caractéristique fondamentale. La mondialisation longtemps présentée comme une menace à la culture, véhicule l’idée d’un monde à terme, ”uniculturel”, puisque plusieurs cultures disparaissent sous l’influence d’une seule culture dominante. Cette thèse n’est pas totalement réfutable, elle se confirme d’ailleurs avec l’expansion de la culture américaine à travers le cinéma, ses enseignes de restaurations rapides présentes sur presque tous les continents. Notre travail ne reviendra pas sur l’idée selon laquelle la mondialisation menacerait les cultures. La question qui nous interpelle est celle de savoir si malgré tout, la mondialisation ne constitue pas pour la culture un mal nécessaire ? Ne constitue t-elle pas finalement une prise de conscience culturelle, le moyen d’expression de certaines cultures ? Telles sont les pensées autour desquelles, nous construirons notre réflexion. Nous présenterons donc d’abord la mondialisation comme un moteur de l’affirmation culturelle (I) et ensuite nous montrerons comment elle participe à la diffusion de la culture (II), nécessaire à son affirmation.


I.- La mondialisation, un moteur de l’affirmation culturelle


La culture qui est le fondement d’une société constitue la marque de celle-ci. Irons-nous jusqu’à affirmer que certaines sociétés avaient une inconscience de leurs cultures et que la mondialisation, du fait de la menace qu’elle représente, constitue un facteur de prise en compte de celle-ci ?

S’il est avéré que la mondialisation constitue une menace à la culture, il apparaît pour nous que ce danger déclenche de la part des cultures menacées, une réaction en réponse à cette menace. En effet, chaque processus de mobilisation ayant pour but l’affirmation d’une identité, ou d’une spécificité par rapport à une autre, résulte toujours d’une alerte due à une menace extérieure. La mondialisation brasse les cultures, par le fait des déplacements humains ou de la diffusion par l’image d’un point à l’autre du globe, multiple culture. Ces phénomènes qui mettent en relation différentes cultures entraînent diverses réactions.

Un questionnement face à une attitude observée avec l’interrogation de savoir si nous adopterions une attitude similaire dans les mêmes situations est un indicateur de nos différentes réactions selon le groupe social auquel nous appartenons. Sachant qu’une culture englobe les croyances les modes de vie, les systèmes de valeurs, ces éléments guident sinon, déterminent notre réaction face à une situation donnée. Pour un groupe de personnes dont l’inconscience culturelle serait avérée, une réponse à un tel questionnement montrerait son rapprochement culturel ou non du sujet de référence et raviverait ainsi sa conscience de ne pas partager les mêmes valeurs, et par le fait même, son désir de ne pas partager les pensées de la culture qui n’est pas sienne. Cette expérience conduit donc le sujet, non seulement à rechercher les fondements de sa culture, mais aussi à développer son appartenance à celle-ci. Il ressort que la mondialisation, loin de brider les cultures, leur permet plutôt de s’affirmer.

Il nous paraît donc nécessaire afin de corroborer notre propos, d’affirmer que la rencontre des trois aires linguistiques (lusophones, hispanophones et francophones) à Mexico en 2003, est une réaction à la mondialisation, mais avant tout une conscience de ces trois aires de partager les mêmes valeurs et de défendre leurs cultures qu’elles estiment proches face à la mondialisation, s’exprimant donc pour la diversité culturelle. Cette réaction du fait des effets de la mondialisation est celle aussi qui conduit à la déclaration de l’Unesco sur la diversité culturelle en 2005.

Manifestation d’un refus d’adopter une culture unique, la mondialisation favorise une prise de conscience par certaines cultures du danger qu’elle véhicule. La mondialisation suscite ainsi la réaction de ces cultures dans un processus de remobilisation et de reconstruction pour mieux s’affirmer.

L’affirmation culturelle ne passe pas forcément par un enfermement de la culture affirmatrice. Elle passe plutôt par un besoin de celle-ci de s’afficher, de séduire en se montrant aux autres. C’est ici que le travail des industries culturelles quant à la diffusion des biens culturels vole au secours de la culture.


II. La diffusion culturelle comme affirmation grâce à la mondialisation.


La mondialisation permet la découverte de différentes cultures par le travail des entreprises culturelles ou non, car il est des pays où ces entreprises ne sont pas organisées et où quelques personnes isolées assurent cette fonction produisant et vendant des oeuvres culturelles, permettant ainsi aux individus où qu’ils soient de découvrir d’autres cultures.

En effet, si la mondialisation facilite la circulation des biens et des personnes, elle a pour corollaire de participer à la diffusion des cultures. La culture n’a jamais été aussi présente dans le champ des loisirs. Le plus impressionnant est le choix dont il est possible de disposer aujourd’hui. Il n’est plus besoin de partir à Cuba pour voir jouer sur scène un groupe cubain, ou de partir à Pékin pour manger chinois. La cuisine, la musique, sont des éléments de la culture et la mondialisation participe à leur vulgarisation. Il est de plus en plus courant, de voir des groupes étrangers sur scène hors de leur pays d’origine, des œuvres culturelles étrangères voyager plus facilement. C’est ainsi que l’on peut profiter d’une exposition des peintures de Frida Kahlo en France, ou de l’exposition des oeuvres d’Andy Warhol aux musées des arts contemporains à Lyon, alors qu’il y a peu, voir ces œuvres imposait de voyager sur le lieu de leur conservation. La mondialisation du fait de la rapidité des moyens de transport, de leurs coûts amoindris, amène les musées, et plus généralement les entreprises culturelles, à échanger leurs œuvres, ce qui évidemment était plus difficile il y a quelques années.

La mondialisation permet également une organisation plus facile de festivals où se côtoient des artistes mondiaux, avec annuellement, des thèmes divers. Ce qui permet aux artistes de se faire connaître de par le monde, et par le même fait de représenter la culture de leurs pays d’origine. Cette plus grande souplesse d’organisation et de déplacement permet aux ressortissants des pays hôtes de certaines manifestations, de faire la connaissance à moindre coût de nombreuses autres cultures. Une telle action est facilitée au Québec par exemple par une société d’Etat, la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles), qui a pour but d’assurer le rayonnement de la culture québécoise à l’étranger à travers des partenariats signés entre elle et différents pays. Ce qui leur permet mutuellement de diffuser chacun sa culture dans l’autre pays.

Ces découvertes qui incitent à la curiosité permettent aux personnes de découvrir d’autres cultures, d’autres peuples, une façon d’encourager les mixités, les échanges et d’espérer ainsi à terme un monde plus ouvert à l’autre, un monde plus tolérant. Même s’il est évident, que ces rencontres ne suffisent pas en soi à s’imprégner d’une culture, elles ont toutefois le mérite d’entamer des rapprochements interculturels. Toujours dans l’idée des déplacements rendus plus aisés par la mondialisation, les individus partent de plus en plus vers d’autres pays, pour y vivre et côtoyer d’autres personnes. Ces voyages sont le plus souvent mus par l’envie de découvrir d’autres cultures.

Les émissions audiovisuelles participent aussi à cette diffusion, et sont un moyen pour de petites cultures de se faire connaître. Ainsi, une production locale peut être diffusée mondialement soit par un canal d’émission classique, soit à travers internet.

La mondialisation a entraîné l’essor d’une industrie culturelle, qui participe à la diffusion des œuvres culturelles. Cette diffusion qui est une manière de représenter les cultures et de les faire vivre a une logique commerciale évidente, une logique à laquelle il ne faut pas s’arrêter car si elle sait s’y prendre, la culture aura à y gagner.


Conclusion


La mondialisation est en étroite relation avec la culture. Elle influe sa production, accroissant les offres et les rendant très accessibles. S’il est évident qu’elle a des inconvénients sur la culture, la mondialisation présente également des avantages indéniables. La mondialisation fait vivre la culture et permet à une multitude d’hommes d’aller la découvrir où qu’elle soit. À l’exemple de nombreux acteurs culturels, ce meilleur à tirer de la mondialisation, passe forcément par une organisation de la diffusion culturelle, et des règles autour de la commercialisation des œuvres culturelles. Il n’est pas possible d’ignorer l’influence grandissante de certaines nations à travers les stratégies de distribution qu’elles adoptent, l’associant pour la plupart à des gains financiers.

La culture est une composante de l’être en tant que personne humaine et mérite pour cela du respect. Il s’agit donc d’encourager la diversité culturelle en montrant qu’il n’existe pas qu’une culture mais des cultures et qu’elles sont toutes respectables, quitte parfois à modifier certaines afin de les rendre adéquates avec les valeurs universelles. Toutefois, parler de valeurs universelles, n’est-ce pas s’acheminer vers une hyperculture mondiale, signe d’une mondialisation culturelle ?


Bibliographie

Samuel P. HUNTINGTON, Le choc des civilisations, éditions Odile Jacob, Paris, 1997.
WARNIER Jean-Pierre, La Mondialisation de la culture, La Découverte, Paris, 2004. 120 p.

Sitographie

http://www.lemonde.fr/savoirs-etconnaissances/article/2003/06/25/jean-Pierre Warnier
http://www.lycarsonvalbrive.aclimoges.fr/secosoc/article.php3?id_article=128
http://wb.attac.be/La-culture-et-la-mondialisation.html
http://www.unesco.org/culture/industries/trade/html_fr/question18.shtml#18.
http://www.universalis.fr/encyclopedie/UN96003/MONDIALISATION_ET_CULTURE.htm





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Discussion Auteur Date Lu
MOndialisation: n mal nécessaire pour la culture? Ogoubi YAO22:49 le 08/027916
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