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1.1 Mondialisation et cultures : quels enjeux?
1.2 De «l'exception culturelle» au pluralisme culturel

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  Francophonie et avenir de la culture
  Message publié le le 08/02/2010 à 15:08:11 par Albin PARIZOT - lu 4356 fois
PARIZOT Albin
Albinparizot@aol.com


Francophonie et avenir de la culture


Avec la mondialisation économique et culturelle, nous semblons assister à l’agonie de la culture. Quelle est la position de la Francophonie face à cette situation ?


Avec la mondialisation, tout s’accélère, tout se transforme du fait des nouvelles technologies de la communication et de l’information. Ainsi, les règles culturelles traditionnelles ne sont pas épargnées et sont naturellement amenées à changer. C’est donc ni plus ni moins la pensée de l’homme qui est remise en cause. Ce n’est pas un phénomène nouveau car au cours de l’histoire, les hommes ont souvent été confrontés à des bouleversements culturels, notamment lorsqu’à la Renaissance, la théologie a cessé d’être le modèle culturel dominant. Puis, il y a eu le progrès technique qui a imposé de nouveaux schémas de références culturelles et donc de nouvelles valeurs. Inévitablement, ces évolutions ont une réelle incidence sur la société puisqu’il est établi que la culture remplit une fonction sociale. D’après Kant, « l’homme ne peut devenir homme que par l’éducation » (Traité de pédagogie, tr. J. Barni, 2000, p. 35). C’est-à-dire que l’homme est nécessairement un être de culture et par là il faut entendre un être en devenir, en transformation tout comme l’est son environnement. En fait, la culture se réalise dans la vie en société. Or, la société est mouvante et se trouve aujourd’hui marquée par les effets de la mondialisation. Le capitalisme a érigé le marché en modèle économique susceptible de transformer toutes les activités humaines. A ce propos, Edgar Morin dit très justement que nous entrons « dans une époque où les certitudes s’effondrent ». Cela est renforcé par le fait que le monde est confronté à trois crises, à savoir économique, démographique et surtout culturelle.

C’est justement de cette dernière que nous allons traiter ici. Nous tenterons d’abord d’établir si la mondialisation peut être synonyme d’appauvrissement culturel, puis, nous serons amenés à aborder l’agonie de la culture, entendue dans le sens de lutte et de combat dans lequel s’inscrit la stratégie francophone de promotion de la diversité culturelle.


La mondialisation, synonyme d’appauvrissement culturel ?


Il faut se méfier en parlant d’appauvrissement culturel. Il y a plus de deux mille ans, Platon s’en plaignait déjà. Les hommes ont nostalgiquement tendance à mépriser le temps présent, à penser que la culture « d’avant » vaut plus que la culture « de maintenant ». Bien sûr, très souvent ce jugement est erroné car Rousseau et Nietzsche ont cru vivre une alarmante période d’appauvrissement culturel, alors qu’ils sont nés à des époques particulièrement fécondes. Ce que l’on peut dire, c’est que la mondialisation a inévitablement introduit de nouveaux facteurs à prendre en considération. « Subissons-nous l’homogénéisation des mœurs et la standardisation culturelle ? », cette interrogation d’Edgar Morin parait tout à fait légitime car la mondialisation peut avoir un effet pervers sur la culture. En effet, la cadre national tend à s’effacer au profit d’un « village global » (M. McLuhan en 1962) dans lequel on trouve une culture de masse véhiculée par les grands médias, la télévision et la publicité. D’autre part, cette culture de masse est grandement influencée par le modèle dominant américain. Mais intéressons-nous d’abord au rapport très sensible entretenu entre culture et capitalisme.


Les effets du capitalisme sur la culture

Le capitalisme impose la marchandisation à outrance, ce qui implique que la nouvelle hiérarchie des États n’est plus établie en fonction de leur puissance militaire mais plutôt de leur capacité à s’adapter aux innovations technologiques et plus largement au marché. Ainsi, aujourd’hui, ce qui ne rapporte pas d’argent n’a plus aucune valeur.


L’accumulation des richesses est devenue un but en soi

D’après Benjamin Franklin (Advice to a Young Tradesman, 1748), « l’argent est, par nature, générateur et prolifique. L’argent engendre l’argent ». Cette phrase résume assez bien l’esprit du capitalisme moderne dans le sens où quiconque ne s’adapte pas aux conditions du succès capitaliste est voué par avance à l’échec. Bien sûr, on voudrait appliquer cette règle directement à la culture. Or, la culture semble représenter une perte de temps et d’argent. L’Italie et la France n’auraient jamais possédé un tel patrimoine architectural si la recherche du profit avait dominé les siècles passés. Actuellement, on construit des immeubles et bureaux à moindre coût pour en augmenter la rentabilité. Par peur de perdre de l’argent, l’Etat et les investisseurs privés refusent d’aider les nouveaux talents. La culture ne fait pas marcher les affaires, s’en préoccuper est alors une pure perte de temps. Ainsi, seule la culture de masse semble avoir le droit d’exister, car elle seule est susceptible de rapporter des profits.


La culture de masse

Avec le capitalisme qui soumet la culture aux mêmes impératifs d’échange et de rentabilité que n’importe quelle autre marchandise sur le marché, la culture devient une industrie qui, comme toute industrie, est lucrative dès lors qu’elle touche le plus grand nombre de consommateurs. Avec cette logique, qu’importe la qualité d’un film ou d’une pièce de théâtre si ceux-ci remportent un vif succès et rapportent donc de l’argent. Les grands médias et la publicité imposent un modèle général de vie et tendant à harmoniser les comportements. La culture et les financements privés doivent être appréhendés avec une grande prudence, surtout lorsque la logique économique entre en compte et devient même la priorité pour ces grands groupes de communication. Or, la logique économique n’est pas en accord avec la logique culturelle, car la culture constitue une production sociale et d’après Raymond Queneau, « le but de toute transformation sociale est le bonheur des individus et non la réalisation de lois économiques inéluctables ».

Appréhendée sous sa dimension économique, la mondialisation semble avoir des effets pervers sur la culture. Seulement, cette vérité est à nuancer car la mondialisation comporte également une dimension culturelle à ne pas occulter.


Les apports de la mondialisation culturelle

Il est indéniable que les nouveaux moyens de communication ouvrent le monde en permettant au plus grand nombre d’avoir accès à la culture. De ce fait, les sociétés modernes sont de plus en plus multiculturelles.


Le progrès technique

A l’heure de la mondialisation, la culture s’enrichit des divers progrès techniques, notamment dans le domaine de l’informatique. En effet, l’ordinateur a vraisemblablement bouleversé notre rapport à la culture car le réseau Internet permet à tout le monde de se connecter à une banque de données d’une richesse inépuisable, le tout à moindre coût. C’est en se sens que l’on peut dire que l’informatique démocratise véritablement la culture. D’autre part, le bouquet numérique télévisuel permet d’avoir accès à des centaines de chaînes du monde entier et donc en langues différentes. Ainsi, l’homme actuel est invité à parler plusieurs langues et à voyager grâce aux avancées du transport aérien. Tout cela contribue au métissage culturel.


Le métissage culturel est un enrichissement

Chaque jour, l’actualité témoigne de créations originales qui sont nés de la rencontre de plusieurs cultures. Il peut s’agir, par exemple, d’un mélange musical entre le raï et la variété ou encore d’un spectacle réunissant danse contemporaine et chants traditionnels africains. En fait, la culture actuelle doit sa richesse à la cohabitation des différentes communautés ethniques au sein des pays développés. Cela fonctionne lorsque les différentes cultures interagissent avec un respect mutuel. Mais, dès lors qu’une culture tend à devenir dominante, elle nie les diversités culturelles. Le modèle culturel américain actuel aboutit à imposer des normes qui, peu à peu, dissolvent les particularismes nationaux.

Dans cette partie, nous avons vu que la diversité culturelle devrait être la règle pour parvenir à s’enrichir culturellement. Or, la mondialisation et son modèle économique dominant tend à vouloir imposer une culture de masse, elle seule susceptible de répondre aux impératifs de rentabilité. La culture est donc confrontée à la rationalité économique avec d’un côté, le secteur culturel marchand soumis aux règles fondamentales de l’économie de marché et de l’autre, le secteur culturel non marchand qui y échappe dans une large mesure. L’institution culturelle est donc amenée à négocier constamment entre les impératifs de l’économie marchande et les contraintes de sa mission culturelle. En fait, le financement de la culture apparait, y compris en France, très largement privé puisque les consommateurs sont, à hauteur de deux tiers, les agents principaux de la dépense culturelle nationale qui regroupe les dépenses budgétaires de l’Etat et des collectivités territoriales et les dépenses des ménages. La gestion du secteur culturel marchand n’est pas pour autant abandonnée aux seules forces du marché. Les régulations nationales, européennes et internationales, ambitionnent souvent de limiter les effets du libre-échange économique au nom de l’exception culturelle. C’est justement là qu’intervient la Francophonie qui se veut laboratoire de la diversité culturelle.


La Francophonie et son rapport à l’agonie de la culture


Si nous constatons l’extrême diversité des cultures, ce n’est pas pour autant que nous pouvons les comparer, c’est-à-dire affirmer qu’il y a des cultures supérieures à d’autres. Affirmer que toutes les cultures se valent est donc un postulat méthodologique pour celui qui veut étudier les différentes cultures. C’est aussi une marque de tolérance et respect vis-à-vis des peuples qui, dans le monde, ont développé de manière différente les règles de vie en société. C’est par l’échange entre les cultures que nos sociétés évoluent. Ainsi, face à la domination du modèle culturel anglo-saxon, la Francophonie tente de réagir vivement en assurant la promotion de cette diversité culturelle.


La défense de la diversité culturelle par la Francophonie

Même si la France continue à être son principal bailleur de fonds, la Francophonie refuse de s’assujettir et d’obéir à une hiérarchisation. Ainsi, elle s’affirme pluraliste et se pense comme un élément d’un monde multiculturel. La diversité culturelle est donc tout naturellement devenue un pilier de la Francophonie. Il est d’abord bon de préciser que la diversité culturelle renvoie d’abord à la pluralité des cultures dans tout ce qui les fonde, mais également à l’affirmation d’une doctrine de la différence, fondée sur un ensemble de valeurs partagées. En outre, il y a l’idée que, si les expressions culturelles doivent être préservées dans leurs particularités, elles doivent aussi circuler pour le bien de tous. La logique d’échange participe donc pleinement au concept de diversité culturelle.


Les bases juridiques pour la promotion de la diversité culturelle

Les négociations du cycle de Doha de l'Organisation mondiale du commerce visent notamment une libéralisation des biens et services culturels. La Francophonie juge qu'une telle libéralisation, sans un mécanisme de régulation qui en garantisse la maîtrise, entraînerait une uniformisation culturelle, portant une atteinte fatale à la diversité culturelle, notamment dans les pays les moins développés.

Ainsi, à de nombreuses reprises, la Francophonie à donc tenu à affirmer sa volonté de promouvoir la diversité culturelle. Tout d’abord au sommet de Moncton de 1999, à la conférence interministérielle de Cotonou en 2001 puis au sommet de Beyrouth en 2002. Bien sûr, la diversité culturelle est inscrite en bonne place dans la Charte de la Francophonie d’Antananarivo de 2005. La Francophonie s'est donc engagée à tout mettre en œuvre pour faire aboutir l'élaboration et l'adoption à l'Unesco, d'un instrument juridique international contraignant qui donnerait un fondement juridique incontestable aux politiques de préservation et de développement de la diversité culturelle. C’est en 2005 que cette Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles a été adoptée à l’UNESCO. Cela a donc couronné les efforts entrepris par la Francophonie au cours de ces dernières années au service de cette grande cause universelle.


La Francophonie en action

Au-delà des bases juridiques indispensables, la Francophonie se mobilise et agit dans les différents secteurs culturels tels que la presse, le livre et la lecture publique, les arts vivants et l’audiovisuel dans le but de réduire les grandes inégalités Nord/Sud. De plus, la Francophonie appuie les politiques culturelles nationales. Ainsi, en mettant en œuvre des actions concrètes au sein de l’espace francophone pour promouvoir la diversité, les échanges et le développement culturels, la Francophonie reste fidèle à ses grandes valeurs, même si l’on peut s’interroger sur les impacts réels de ces politiques. Toujours-est-il que les bonnes intentions et les volontés demeurent présentent.


Le combat francophone appuyé par un véritable besoin de culture

Le combat mené par la Francophonie est louable car la culture paraît plus que jamais indispensable. Mais pas n’importe quelle culture, d’où le rôle important de l’intellectuel dans ce monde où la science détient seule la légitimité de la vérité. Or, la science a besoin d’hommes de culture pour l’aider à résoudre les problèmes d’éthique et de déontologie posés par ses nouvelles découvertes telle que le clonage. La Francophonie surfe donc sur la vague d’une certaine partie de l’opinion, toujours plus grande, qui entend déclarer la culture patrimoine commun de l’humanité, en interdisant à quiconque de faire du business dans ce domaine. Bien sûr, le chemin est encore long car changer et libérer la culture, c’est changer de société.







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