1 - ENJEUX GÉOCULTURELS / DESAFIOS GEOCULTURALESModéré115 messages
2 - POL. PUB. & CULTURE / POL. PUB. & CULTURAModéré68 messages
3 - ÉCONOMIE & CULTURE / ECONOMIA & CULTURAModéré87 messages
4 - COMM. & CULTURE / COMUNICACION & CULTURAModéré9 messages
5 - MAITRISER / ASUMIR LA MUNDIALIZACION CULTURALModéré10 messages

Forum PlanetAgora
1.1 Mondialisation et cultures : quels enjeux?
1.2 De «l'exception culturelle» au pluralisme culturel

Répondre au Message Nouveau Message
  Les langues du continent européen pour la science
  Message publié le le 16/01/2010 à 14:51:55 par Jean-Jacques Dumont - lu 826 fois
TITRE:
Une ébauche de solution pour promouvoir les langues du continent européen dans les publications scientifiques, tout en faisant émerger une langue d'échange non prédatrice, par sélection auto adaptative.

================================================================================
Résumé

Cet article rappelle les inconvénients de la non publication d'articles scientifiques et techniques dans la langue usuelle (par exemple le français souvent délaissé au profit de l'anglais par les chercheurs francophones): travaux décorrélés du contexte social dans lequel ils se font, moindre synergie avec les PME nationales, moins bonne passation de connaissances dans le contexte local, régional, national et dans le contexte de la communauté linguistique hors des frontières, moins bonne synergie avec le monde de l'éducation, influence probable sur la fuite des cerveaux, etc.).
Ensuite, un lien est fait avec le "facteur d'impact" qui accentue le phénomène de déclassement des langue usuelles pour la publication scientifique.
On définit alors un double besoin:
- besoin incontournable de publications dans les langues usuelles
- et besoin de traductions, surtout dans une langue "d'échange" non prédatrice des langues usuelles.
On évoque ensuite les scénarios possibles pour répondre aux deux besoins à la fois.
Après deux scénarios classiques qui ne répondent pas au besoin de publication dans les langues usuelles, un troisième scénario est proposé. Il repose sur la publication d'articles scientifiques sur un site web (ou plusieurs sites web), les articles pouvant être déposés dans plusieurs langues, au choix de l'auteur, parmi celles du continent géographique européen.
Est décrit un mécanisme d'auto sélection d'une langue d'échange parmi les langues possibles; il repose sur le simple jeu du choix des auteurs quand ils sélectionnent leurs versions linguistiques lors du dépôt d'article et par des incitateurs statistiques sur le site web.
Ces principes seraient couplés avec à un système alternatif au facteur d'impact dont quelques pistes sont esquissées.
Enfin, on conclut sur l'intérêt que pourrait constituer un monde "dual" dans le monde de la publication scientifique, tel qu'implicitement proposé par le scénario.
Un tel monde dual linguistique est en effet fondamental pour soutenir le multilinguisme et éviter que la tendance monopolistique actuelle ne s'accentue encore, ce qui aurait comme graves conséquences de compromettre à terme l'usage des langues comme le français, l'allemand, l'italien, .., pour traiter des sciences et techniques au sein des grandes entreprises, des laboratoires de recherches et des universités.
Le scénario propose donc une solution pour inverser la tendance et arriver idéalement à une situation raisonnable de multilinguisme adossé à une dualité linguistique dans le monde de la publication scientifique.
================================================================================

--------------------------------------------------------------------------------
*1 Quelques constats sur la publication scientifique et technique en Europe

--------------------------------------------------------------------------------
**1.1 Premier constat: en Europe, plus assez de publications dans d'autre langues que l'anglais

Aujourd'hui de plus en plus d'articles scientifiques rédigés par les chercheurs sont rédigés en anglais. Ainsi, nombre de chercheurs européens (français, allemands, espagnols, italiens, …) publient uniquement en anglais. Ceci se fait au détriment de la facilité d'accès à ces articles scientifiques par un public non forcément toujours à l'aise dans la langue anglaise.
Même pour les personnels techniques et scientifiques habitués à l'anglais, la compréhension fine et la mémorisation du contenu d'un article seront plus rapides et faciles si l'article est écrit dans la langue usuelle de ces personnes, c'est-à-dire dans la langue qu'elles utilisent tous les jours, dans leur ville, leur pays, pour leur vie quotidienne.

Pour ce qui concerne la synergie entre la recherche et l'enseignement, on peut admettre que les étudiants auraient tout à gagner à pouvoir disposer d'articles scientifiques dans leur langue usuelle. Un moyen d'attirer davantage de jeunes vers la science et de lancer des ponts entre disciples pourrait consister à associer davantage des textes introductifs aux d'articles dédiés aux recherches récentes. Ainsi, un article scientifique pourrait avoir deux versions: une version avec les détails techniques, calculs, etc., et une version simplifiée, introductive.
Là aussi, des versions introductives rédigées dans la langue usuelle des lecteurs seront plus aptes à capter un large public. Un lecteur voulant creuser un aspect particulier pourra aborder ensuite un article plus spécialisé, également écrit dans sa langue usuelle. Ainsi, l'usage de la langue usuelle à ces deux niveaux favorise une interaction bénéfique entre recherche et enseignement et encourage l'interdisciplinarité.

La publication dans la langue usuelle apparaît donc comme une nécessité, qu'il serait difficile de contester.
Or, on arrive aujourd'hui au paradoxe suivant: un auteur scientifique non anglophone (par exemple un chercheur francophone) va passer un temps important à peaufiner la rédaction et le style de son texte anglais. Il y consacrera davantage de temps qu'il n'en aurait consacré à rédiger l'article en français. Comme il ne le publiera qu'en anglais, les lecteurs francophones auront moins d'opportunité et de désir à se plonger dans ce texte que les lecteurs de pays anglophones. Quoiqu'il en soit, le fait que les lecteurs potentiels soient francophones comme l'auteur n'apportera aucun avantage particulier à ces lecteurs en termes de facilité d'accès à l'article (puisque seule une version anglaise de l'article sera disponible).
Le chercheur aura ainsi dépensé un temps supplémentaire dans sa rédaction anglaise, au détriment de la compréhension fine du texte par des lecteurs de sa propre langue, que ces lecteurs:
- lui soient géographiquement ou socialement proches: ses concitoyens, ses collègues, ses responsables, les étudiants de son université, …
- ou qu'ils sachent communiquer dans la même langue tout en résidant dans d'autres pays. On peut citer l'exemple de chercheurs et d'étudiants d'autres pays où la langue enseignée au lycée et dans le supérieur est la langue usuelle de l'auteur. Pour le français, on peut citer le cas de certains pays d'Afrique du Nord où le français est souvent utilisé pour les études supérieures. La rédaction d'articles uniquement en anglais par des scientifiques français pourrait à long terme avoir pour effet délétère de faire penser à ces étudiants que le français n'est finalement pas une langue utile pour la science, ce qui est encore heureusement faux aujourd'hui, mais pourrait malheureusement être fondé demain, si la tendance au tout anglais s'amplifiait.

Lorsque le chercheur fait partie d'organismes publics, tous ces paradoxes apparaissent encore plus crûment. En effet, si les recherches reposent sur des financements publics, on pourrait penser que les publications scientifiques correspondantes devraient être rendues les plus accessibles possibles aux populations qui ont soutenu ces recherches par le biais de leurs impôts.
Si on voulait résumer cette tendance qui s'amplifie, on pourrait dire que la non publication d'articles scientifiques dans la langue usuelle déconnecte d'une certaine manière les objectifs et les résultats des recherches du contexte social dans lequel sont effectués les travaux et qu'elle éloigne les laboratoires de recherche de la population.
Il faudrait également étudier le couplage probable entre ce qu'on appelle communément la "fuite des cerveaux" et le fait que les langues usuelles se voient de plus en plus déconsidérées dans leur usage à décrire la science.

--------------------------------------------------------------------------------
**1.2 Second constat: la course au nombre de publications et au nombre de citations; le facteur d'impact

La course au nombre de publications et au nombre de fois que ces publications sont citées (dit "facteur d'impact") fait l'objet de critiques depuis plusieurs années. On peut essayer de résumer ici quelques unes de ces critiques, tout à fait valides:
- les chercheurs sont souvent jugés sur le nombre de publications effectuées et sur le nombre de citations de ces publications: plus ils publient (en particulier dans des revues et conférences connues) et plus leurs articles sont ensuite cités, meilleure sera leur notation et leur perspective de carrière et plus importants seront les crédits alloués à leurs travaux; cette tendance ne fait que s'accentuer depuis plusieurs années; il s'en suit des biais préoccupants:
- effet négatif sur la profondeur et la complétude des travaux traités;
il est en effet davantage "rentable", en termes de nombre de publications, de publier sur des travaux ne nécessitant pas de longues années d'expérimentation; ceci peut même entraîner, dans certains cas, des inexactitudes dans certains articles écrits trop rapidement; le système encourage le court terme au détriment du long terme,
- ajouts croisés de noms d'auteurs, mécanisme du "je mets ton nom sur mon article, tu mets mon nom sur le tien",
- répétitions dans plusieurs revues de contenus à peine adaptés,
- publications d'articles reprenant des parties déjà connues et ne contenant que très peu d'aspects nouveaux,
- recherche des revues et conférences les plus prisées qui sont quasiment toutes en anglais.
Ainsi, la publication qui, il y a vingt ans, était un moyen de faire connaître les travaux scientifiques, est devenue aujourd'hui une fin en soi, une clé pour obtenir des financements de projets.

--------------------------------------------------------------------------------
**1.3 La décision donnée aux réviseurs (comité de lecture)

Le mode de fonctionnement actuel des publications scientifiques fait que ce sont des "réviseurs" (ou comités de lecture) qui décident si oui ou non l'article scientifique ou technique doit être accepté dans une revue ou une conférence. Il s'agit donc là d'une évaluation par "les pairs".
L'acceptation de l'article est souvent précédée d'une demande de modification du texte. La décision d'acceptation porte aussi sur la qualité du style utilisé, donc très souvent sur la rédaction anglaise.
Les réviseurs travaillent dans un domaine scientifique ou technique proche ou relativement proche du sujet des articles à réviser. Mais très généralement les réviseurs n'ont absolument aucun lien avec la structure hébergeante du chercheur (université, laboratoire d'entreprise, …). Cette dernière se trouve donc dessaisie de l'évaluation des publications produites par ses chercheurs. C'est sur le facteur d'impact de l'article publié que la structure hébergeante évaluera le chercheur et son laboratoire.
On retrouve ici l'aspect déjà détecté plus haut: l'éloignement du chercheur du contexte social dans lequel sont effectués ses travaux:
- la langue usuelle n'est plus employée,
- la structure hébergeante n'a plus la main sur la sélection des articles à publier et oriente les travaux des chercheurs sur le seul critère du facteur d'impact, c'est-à-dire sur un jugement a posteriori et externe.

--------------------------------------------------------------------------------
**1.4 Relation entre l'usage de l'anglais et le facteur d'impact

L'usage omniprésent de l'anglais depuis plusieurs décennies pour la publication scientifique et technique a accentué le système du facteur d'impact.
On pourrait schématiser comme suit le mécanisme:
- les chercheurs visent le meilleur facteur d'impact puisque leur structure hébergeante (université, laboratoire de grande école, …) utilise ce facteur pour mesurer la "performance" des chercheurs et pour décider de leur évolution de carrière et du financement de leurs projets;
- les revues et conférences en anglais sont celles qui sont susceptibles de procurer un meilleur facteur d'impact aux auteurs; donc les auteurs rédigent directement et uniquement en anglais pour ce grand "marché" mondial des publications; ils ne prennent plus le temps de rédiger dans leur langue usuelle, car le bénéfice "facteur d'impact/temps" n'est plus favorable à la rédaction dans leur langue,
- dans les articles scientifiques publiés dans les grandes revues en langue anglaise, les autres articles cités en référence doivent souvent être aussi en anglais, ce qui amplifie le phénomène (un ouvrage dans une langue autre que l'anglais ne peut plus constituer un socle pour un article futur à fort facteur d'impact),
- pour que le "marché" des publications fonctionne et en particulier que les grandes revues et conférences maintiennent leur attrait, il faut qu'elles sélectionnent les articles qui leur semblent les meilleurs; les réviseurs (comités de lecture) sont alors mis à l'ouvrage,
- ce "marché" des publications devenant le seul régulateur et le seul juge des travaux produits, tous les biais liés au facteur d'impact surviennent; on a affaire à un système monopolistique, directement lié à la langue anglaise et donc à une culture; ce qui a quelques fois des conséquences préjudiciables sur l'ouverture nécessaire des travaux aux autres cultures, surtout pour les sciences humaines.

--------------------------------------------------------------------------------
**1.5 La dévalorisation des éditeurs non anglo-saxons

La rédaction d'articles uniquement en anglais pousse à la rédaction des livres également uniquement en anglais, car certains laboratoires considèrent que les livres en anglais ont plus de "poids" que dans la langue usuelle, comme le français.
Pour revenir au facteur d'impact, nombre de revues en langue anglaise n'encouragent pas à ce que, dans leurs articles, des références soient faites à d'autres articles ou livres qui ne seraient pas en anglais. On a ainsi un effet boule de neige, car un livre écrit en français constitue alors souvent, dans ce cadre anglophone, une référence insuffisante, voire non acceptée; ce qui pousse à ne pas publier de livre dans la langue usuelle.
Ceci provoque une dévalorisation des éditeurs non résidents de pays anglophones, car il arrive souvent que nos scientifiques, désirant écrire un livre, s'adressent directement à un éditeur anglo-saxon au lieu d'un éditeur local, considérant que puisque le livre doit être écrit en anglais, autant qu'il soit édité par un éditeur situé dans un pays dans lequel l'anglais est la langue native; l'auteur y escompte une renommée plus importante de son ouvrage.
Le fait que les livres ne soient pas dans la langue usuelle ne facilite pas une introduction didactique des concepts traités auprès des étudiants; l'effort que doivent consentir ces derniers pour appréhender finement le contenu des ouvrages écrits en anglais est plus grand.

--------------------------------------------------------------------------------
*2 Le double besoin

Nous avons donc constaté le besoin patent de publication d'articles scientifiques et techniques dans la langue usuelle des chercheurs.

Il n'en reste pas moins que le monde de la recherche ne peut se cantonner à une publication dans la seule langue usuelle de l'auteur. Il faut que des chercheurs d'autres pays puissent prendre connaissance des textes. Il convient donc que l'article puisse être traduit dans d'autres langues.
On peut même aller plus loin et dire qu'il faut que l'article soit traduit dans au moins une langue "d'échange"; nous reviendrons plus loin sur ce point.

Ainsi, nous avons bien deux besoins et il convient que l'un ne fasse pas de l'ombre à l'autre.
Actuellement, nous l'avons vu que l'usage exclusif de l'anglais ne répond pas au besoin de la publication dans la langue usuelle: il n'y a pas assez de publications en français, allemand, espagnol, italien, etc.

--------------------------------------------------------------------------------
*3 L'examen des solutions

Il nous faut maintenant examiner différents scénarios possibles pour remplir nos deux besoins.

Nous allons chercher une solution qui fait appel à une publication libre des articles scientifiques et techniques sur un site web et étudier comment ce type d'outil pourrait répondre à nos deux besoins.

--------------------------------------------------------------------------------
**3.1 Premier scénario: publication en anglais dans une revue et dans la langue usuelle de l'auteur sur le site web de son centre de recherche

Dans ce scénario, l'article est publié en anglais, comme aujourd'hui, dans une revue dont l'auteur cherche à qu'elle lui procure le meilleur facteur d'impact possible et, en parallèle, l'article est publié dans la langue usuelle, sur le site web du centre de recherche du chercheur (site du CNRS par exemple).
C'est finalement assez proche de la situation actuelle, sauf qu'ici, en plus de la publication dans la revue en anglais, l'auteur publie systématiquement une version de son article dans sa langue usuelle, sur le site web de son centre de recherche ou sur un site web national.
Plusieurs problèmes rendent ce scénario non crédible pour répondre à nos deux besoins:
1) Les revues peuvent demander quelque fois l'exclusivité de la publication vers l'extérieur, la publication sur le site web du centre de recherche pourra alors poser problème.
2) En admettant que le problème 1) ne se pose pas, on se retrouve finalement dans la situation d'aujourd'hui: pourquoi les chercheurs ne publient-ils pas déjà systématiquement une version de leur article dans leur langue usuelle, sur le site de leur centre de recherche ?
On peut tenter de répondre à cette question en disant qu'une fois que les chercheurs ont rédigé en anglais, ils ne voient pas l'intérêt de produire une seconde version dans une autre langue, fusse leur langue usuelle. Décrocher une place pour un article dans une revue en langue anglaise à fort facteur d'impact leur a déjà pris suffisamment d'énergie, qu'ils considèrent cela comme un aboutissement et ne voient pas l'intérêt de dépenser du temps à rédiger une version dans leur langue usuelle pour le site web de leur centre de recherche, site qui forcément aura une audience moindre que la revue en anglais et n'augmentera pas sensiblement leur facteur d'impact.
Si l'article en anglais est refusé dans la revue connue, le chercheur ne publiera pas pour autant son article dans sa langue sur le site web de son centre de recherche. Comme il disposera déjà de la version anglaise, il cherchera à en adapter le texte dans l'espoir de décrocher une place prochaine dans une autre revue connue, également en anglais, toujours à la recherche qu'il sera d'un bon facteur d'impact.
D'ailleurs l'auteur ne dispose pas spontanément du texte de son article dans sa langue usuelle, puisque le plus souvent il aura rédigé directement sa première et seule version en anglais.

En conclusion, ce premier scénario ne permet donc pas de ménager nos deux besoins.

--------------------------------------------------------------------------------
**3.2 Second scénario: publication sans contrainte de langues sur le site web d'une entité internationale, couplée à un système alternatif au facteur d'impact
--------------------------------------------------------------------------------
***3.2.1 Avant propos sur ce scénario
Ce scénario demande à ce que la "dictature" du facteur d'impact ait laissé la place à un autre système faisant largement place à la publication ouverte sur Internet.
Il y a en effet nécessité à promouvoir des outils d'évaluation de la production scientifique alternatifs au facteur d'impact tel qu'il fonctionne aujourd'hui.

Les principes techniques et organisationnels d'un tel système alternatif ne font pas l'objet de ce présent article. On fait simplement l'hypothèse ici qu'il est très plausible qu'un tel système alternatif puisse voir le jour dans les années ou décennie(s) à venir, pourvu que les universités, laboratoires, instances nationales d'orientation pour la recherche le désirent.
Pour s'en convaincre, plus loin dans ce document, on citera tout de même quelques pistes en ce sens.

--------------------------------------------------------------------------------
***3.2.2 Description
Dans ce scénario, il existe une entité qui maintient un site web sur lequel les différents centres de recherches (universités, grandes écoles, centre R&D des entreprises) peuvent publier leurs articles.

Il n'y a pas de langues imposées ni conseillées sur ce site web; il est donc possible pour les auteurs de publier leurs articles dans différentes versions: dans leur langue usuelle, en anglais et aussi dans d'autres langues.

Qu'en sera-il de la publication sur ce site web dans des langues autre que l'anglais ?
Puisque l'anglais est l'une des langues possibles sur ce site, on peut immédiatement déduire que la situation d'aujourd'hui ne sera pas changée: la très grande majorité des auteurs déposera leurs articles en anglais sur ce site international, les premiers auteurs entraînant les autres irrémédiablement vers la dominance habituelle de la langue anglaise.

En conclusion, ce second scénario ne permet pas non plus de ménager nos deux besoins.

--------------------------------------------------------------------------------
**3.3 Troisième scénario (scénario retenu dans la suite): publication sur un site web dédié aux langues du continent géographique européen, couplée à un système alternatif au facteur d'impact

Ici, nous sommes également, comme pour le scénario 2, dans un contexte de système alternatif au facteur d'impact.
La seule différence avec le scénario 2 est que les langues autorisées pour le dépôt d'articles sont celles du continent géographique européen.
On peut citer ici les langues principales du continent géographique européen (par ordre alphabétique):
allemand, albanais, bulgare, danois, espagnol, finnois, français, estonien, grec, italien, letton, lituanien, hongrois, néerlandais, polonais, portugais, roumain, slovaque, slovène, suédois, norvégien, ukrainien, russe, tchèque, serbo-croate, …
Pour résumer, il s'agit des langues officielles des pays du continent géographique européen, c'est-à-dire des langues nationales parlées dans les pays dont le majorité de la population réside sur le continent géographique européen lui-même. Devrait probablement être ajoutées les quelques grandes langues régionales, reconnues par des communautés régionales importantes (plus de 4 millions d'habitants, par exemple) sur le continent géographique européen (on pense par exemple au catalan).

Les auteurs déposent donc leurs articles scientifiques sur le site web dans la langue ou les langues de leur choix, parmi les langues citées.

Il est bien évident que les auteurs seront confrontés au départ à quelques obstacles vite dépassés. En effet, la première génération de chercheurs souhaitant publier sur ce site web, ne maîtrisera peut-être pas aussitôt une seconde langue qui ne soit pas l'anglais. La conséquence de cela sera très certainement que le chercheur confronté à ce problème commencera à rédiger son article dans sa langue usuelle.
Ceci est fondamental, car ici nous voyions là notre besoin de rédaction en langue usuelle complètement réalisé.
Il utilisera ensuite probablement cette première version (en langue usuelle) pour la traduire dans une seconde langue. Pour cela, s'il ne maîtrise pas encore bien une seconde langue autre que l'anglais, il utilisera à coup sûr un logiciel de traduction. Ces logiciels ont fait des progrès importants ces dernières années, même s'il faut bien sûr toujours vérifier le texte produit avec éventuellement l'aide d'un dictionnaire. L'auteur devra donc faire un effort pour vérifier et corriger la traduction. On peut considérer à une année, voire 18 mois, le temps d'auto apprentissage nécessaire pour être en mesure de rédiger un article avec un niveau correct dans une langue seconde de son choix, en s'aidant des outils de traduction informatique. Il ne faut d'ailleurs pas négliger l'aspect ludique de cette traduction assistée par logiciel dans une langue relativement nouvelle pour l'auteur (en tout cas pour la première génération des auteurs).

Il convient aussi de noter qu'actuellement la publication d'un article scientifique ou technique dans une revue anglo-saxonne exige une qualité irréprochable dans l'usage de la langue anglaise (au niveau du style et du choix des mots); ce qui désavantage sérieusement les auteurs non anglophones qui sont souvent obligés de faire relire leur article par un natif anglophone dans leur entreprise ou laboratoire. Pour les traductions sur le site web que nous décrivons, il ne serait pas question de demander un niveau parfait dans le style. Le principe est qu'une version dans une langue seconde doit être avant tout un "outil" de communication et non un exercice de style. Il en sera de même si l'auteur souhaite traduire son article dans une troisième langue.

Alors, quelle langue choisira l'auteur pour une seconde version de son article ? Suivant les régions d'Europe et le passé linguistique de l'auteur, il est possible que les réponses soient différentes: par exemple un chercheur italien ayant appris le français en seconde langue à l'école choisira le français, un chercheur hongrois choisira peut-être l'allemand, etc.
Nous voyons que notre besoin que l'article soit traduit dans une langue "d'échange" n'est pas rempli, car l'article ne sera pas aisément lisible par un lecteur qui ne connaîtrait aucune des langues choisies par l'auteur pour rédiger et traduire son article.

Il faut donc idéalement une langue qui serait commune aux différents chercheurs déposant des articles sur le site web, langue commune également aux lecteurs souhaitant lire les articles.
Laquelle des langues de la liste que nous avons donnée plus haut pourrait convenir ?
La réponse ne peut se décréter. Il est proposé de "laisser faire"; c'est-à-dire de faire reposer la sélection de la langue d'échange sur les auteurs eux-mêmes lorsqu'ils choisiront une ou des langues pour rédiger et traduire leurs articles. Ce qui est proposé ici est donc une sorte de sélection "auto adaptative" de la langue d'échange parmi les langues du continent géographique européen.

Le raisonnement repose ici sur l'hypothèse, tout à fait raisonnable, qu'au bout de plusieurs années, la sélection d'une langue "d'échange" se fasse spontanément sur le site web, par le simple choix des auteurs influencé par le choix des autres auteurs. Il est également possible que pendant les premières années du site, cela ne soit pas une mais deux langues d'échange qui s'imposent sur le site et que l'une ou l'autre soit employée suivant la région (au sens ensemble de pays) à laquelle appartiennent les auteurs. Après plusieurs années, toutefois, une langue principale (que nous appelons donc "langue d'échange") devrait s'imposer.
Publier ou traduire un article dans cette langue "d'échange" ne serait pas obligatoire, car aucune langue ne serait obligatoire sur ce site web. Ainsi, tous les auteurs ne traduiront pas systématiquement leurs articles dans cette langue "d'échange", même au bout de plusieurs années. Cependant, ce qui est visé est qu'une grande majorité d'auteurs (par exemple 80%) choisisse cette langue pour produire une des versions linguistiques de leurs articles.
Parmi les candidats pour cette "d'échange", on pense forcément au français, à l'allemand, et à l'espagnol. On ne peut faire de pronostic, mais il est plutôt probable qu'il s'agira de l'espagnol, langue relativement facile à apprendre et qui s'étend, comme chacun sait, bien au-delà de l'Europe. Cet auto choix pourrait d'ailleurs ouvrir des ponts au-delà de l'Europe, vers l'Amérique du sud et vers l'Amérique du nord où l'espagnol est de plus en plus parlé.
En effet, dès l'ouverture du site web, l'objectif est que les dépôts ne se cantonnent pas à des articles de chercheurs européens, mais que des chercheurs du monde entier puissent y déposer des articles, pourvu que les dépôts se fassent uniquement dans les langues du continent géographique européen; cet aspect étant la caractéristique principale de ce site web, comme celle de constituer une alternative au facteur d'impact.

Ainsi, avec la sélection auto adaptative d'une langue "d'échange" sur le site, ce scénario répond pleinement aux deux besoins que nous avons affichés au début de ce document:
- article en langue usuelle, car l'auteur commence à écrire son article dans sa langue et traduit ensuite,
- article en langue "d'échange", pour la communication internationale.
Ce scénario apporte même un troisième avantage: le multilinguisme, car un article pourra être traduit en d'autre langues que la langue usuelle et que la langue "d'échange".
Ce scénario vise donc à cumuler les avantages des publications dans la langue usuelle et dans une langue "d'échange".

Toutefois, il convient de vérifier que ce scénario ne met pas non plus en danger les langues usuelles au bout d'un certain temps.
Il faut se poser la question fondamentale de savoir si les langues usuelles ne risquent pas d'être de nouveau négligées sur le site web en question, au bout de plusieurs années, après que la langue d'échange ait été auto sélectionnée. Les auteurs ne risquent-ils pas de rédiger directement leurs articles dans la langue d'échange en négligeant la rédaction dans leur langue usuelle, comme dans la situation d'aujourd'hui avec l'anglais ?
Pour résumer, l'auto sélection d'une langue d'échange ne déboucherait-elle pas sur une nouvelle hégémonie sur le site web ? On peut légitimement se poser cette question.
Par exemple si l'espagnol (ou une autre langue, on ne sait pas à l'avance) se fait spontanément sélectionner par les chercheurs, ne risque-t-on pas de voir de nouveau les chercheurs rédiger dans cette langue au détriment de leur langue usuelle.
Au début du processus, on peut répondre assurément non, car, les auteurs ne maîtrisant pas forcément bien une seconde langue, se baseront sur la version en langue usuelle pour produire une ou des autres versions linguistiques de leur texte.
Pour ce qui concerne un avenir plus lointain, le risque est très faible de voir une langue d'échange qui annihilerait les langues usuelles sur le site web que nous avons décrit; cette hypothèse repose sur les arguments qui suivent.
L'anglais est et restera une langue scientifique et technique prépondérante. Si une seconde langue devient également langue d'échange dans le domaine de la publication scientifique, on aurait alors affaire, ce qui est souhaitable, à un monde "dual" dans le domaine. On aurait en effet, deux langues "d'échanges": l'anglais dans les revues actuelles et la langue d'échange qui aura été auto sélectionnée sur le site web et sur d'autres sites inspirés des mêmes objectifs.
Un tel système dual est beaucoup plus propice au multilinguisme et donc à la publication dans la langue usuelle, que ne peut l'être un monde monolithique de publications scientifiques, linguistiquement parlant. La dualité est en effet déjà une pluralité. Elle démontre en tout cas que la pluralité est possible. Si il y a "deux", cela veut dire qu'il peut y avoir "davantage". Au contraire, quand on en reste à "un", rien ne prouve que "deux" ou davantage soit possible. La dualité relativise l'usage d'une langue d'échange (puisqu'il y en a deux), alors que le monopole se renforce lui-même (si il n'y a "qu'un" c'est que l'on ne peut pas faire autrement et qu'il faut encore accentuer le processus).

De toute façon, il convient de prévenir le risque (très faible, on l'a vu) de langue d'échange éclipsant les langues usuelles sur le site web, en affichant le plus possible, dès le départ et de manière forte, que le site a vocation à être et à rester multilingue.


Dans le chapitre suivant, nous allons détailler le fonctionnement du scénario.

--------------------------------------------------------------------------------
*4 Détails sur le fonctionnement du scénario proposé

--------------------------------------------------------------------------------
**4.1 Encourager les dépôts d'articles en plusieurs langues et catalyser la convergence vers une langue d'échange

Comme nous allons en donner les raisons plus loin, il n'est pas question d'imposer une version dans une langue particulière ou bien d'imposer deux versions linguistiques.
Il convient cependant d'encourager les auteurs à déposer dans deux langues (ou plus de deux, si l'auteur le souhaite) et en même temps de prévoir les conditions pour faire converger l'auto-sélection d'une langue d'échange, non prédatrice des autres.

On peut imaginer plusieurs moyens pour cela.

1) Encourager les auteurs à entrer des mots clés et un résumé dans différentes langues (au moins dans deux langues, dont la langue usuelle).
2) Demander lors de l'inscription sur le site web, la saisie d'un formulaire demandant à la personne qui s'inscrit de classer par ordre décroissant d'intérêt au moins deux langues dans lesquelles, il souhaiterait idéalement lire des articles dans la disciple.
Encourager l'entrée de ces choix et leur mise à jour par des rappels réguliers aux lecteurs, sous la forme de menus affichés de temps à autre.
3) Laisser la possibilité au lecteur d'un article (ou simplement du résumé et mots clés) de faire une demande à l'auteur pour que l'article soit traduit dans une ou plusieurs autres langues. Par exemple, un petit menu permettrait la saisie par le lecteur des langues souhaitées par ordre décroissant d'intérêt.
Prévenir l'auteur pas courriel ou par affichage personnalisé sur le site des demandes de traductions de son article et lui fournir des statistiques de ces demandes classées par langues souhaitées.
4) Consolider régulièrement les statistiques d'intérêts pour les différentes langues du site web, globalement, suivant les disciples, etc.
5) Sur la page d'accueil du site web, encourager autant que possible le dépôt dans deux langues (au moins), ceci par le moyen d'un bandeau invitant à cela.
Egalement, prévoir ce même type de bandeau en dernière phase du dépôt d'article. Renforcer les encouragements par l'affichage des statistiques d'intérêts pour les différentes langues, suivant les disciples, ceci permettant aussi de faire converger vers une langue d'échange.
6) Lorsque le déposant a fourni son article dans deux langues ou plus, donner à l'auteur des statistiques régulières sur les consultations de son article, suivant les versions linguistiques de son texte.
7) …

Au sujet des menus du site web, il est bien évident que l'idéal serait des menus accessibles dans toutes les langues dans lesquelles des articles scientifiques peuvent être déposés. Cependant, au début de l'ouverture du site, cela ne sera peut-être pas le cas. On peut imaginer, dans une période transitoire, que les menus ne soient accessibles que dans les langues les plus parlées dans la liste du site web (français, allemand, espagnol, italien et russe).

--------------------------------------------------------------------------------
**4.2 Ouvrir des pistes en même temps vers une alternative au facteur d'impact

Il convient dans le cadre du scénario proposé de mettre en place une alternative au facteur d'impact. Cet aspect n'est pas l'objet de ce présent article, mais on peut tout de même positionner quelques idées générales qui mériteraient peut-être d'être approfondies.

Tout d'abord, en la matière, ne faut-il pas se méfier de tout système quantitatif ?
Si dans le chapitre précédent, on cite quelques moyens statistiques au sujet du site web, il n'est question là que d'outils destinés à favoriser le multilinguisme des articles déposés et la convergence vers une langue d'échange. Ces statistiques n'ont pas pour but une évaluation du chercheur.
Pour l'évaluation du chercheur, on peut se demander si tout système quantitatif, reposant par exemple sur le nombre de consultations de l'article, n'entraîne pas plus d'inconvénients que d'avantages.
Ne risque-on pas d'arriver au même biais que ceux du facteur d'impact ?

Ainsi, ne faut-il pas viser des critères qualitatifs lorsqu'il est question de se servir du site web comme outil d'évaluation des articles.
Pour concrétiser, on peut citer quelques idées de critères qualitatifs:
- une fois l'auteur ayant déposé un premier article, lors des dépôts suivants, l'encourager fortement par des menus affichés à commenter un article d'un autre auteur; les commentaires pourraient prendre par exemple la forme de "blog" attaché à chaque article,
- privilégier le contenu des avis (exprimés sur le blog de l'article) plutôt que le nombre de consultations de l'article,
- …
Au sujet des blogs, il conviendrait que le dépôt de commentaires soit conditionné à une inscription préalable sur le site pour éviter les abus.

Ainsi, il existe donc certainement des principes généraux et des moyens techniques (basé sur Internet et la publication libre tel que proposé dans cet article) pouvant offrir une alternative au facteur d'impact tel que vécu aujourd'hui.
Quoi qu'il en soit, la nature multilingue de la solution proposée ici, atténue déjà un aspect problématique du facteur d'impact actuel: l'usage exclusif de la langue anglaise.
On peut même espérer que cela soit la nature même de la solution sur le plan linguistique (solution multilingue, adossée à un contexte voulu de dualité linguistique), qui puisse encourager des solutions techniques et administratives alternatives au facteur d'impact actuel.

--------------------------------------------------------------------------------
*5 Questions pouvant se poser sur le scénario retenu

Nous allons à présent analyser dans ce chapitre des questions pouvant se poser sur le scénario retenu.

--------------------------------------------------------------------------------
**5.1 Il y a-t-il un problème à se limiter aux langues du continent européen géographique ?

Ce point est effectivement à traiter.
Il faut tout de suite indiquer que la limitation à certaines langues pour la communication au sein d'institutions n'est pas un fait nouveau, ni au plan international, ni au plan européen. Par exemple, au plan international, l'UIT (Union internationale des télécommunications), parmi ses 6 grandes langues officielles (français, anglais, arable, chinois, espagnol, russe,) ne compte ni l'allemand, ni l'italien.
Autres exemples au plan européen: l'ETSI ("European Telecommunications Standards Institute") ne génère ses standards qu'en anglais, l'Eurescom ("European Institute for Research and Strategic Studies in Telecommunications") ne publie qu'en anglais, etc.…
La liste des langues permises dans le site web qui nous occupe, comptant plus de 25 langues est donc à cet égard relativement ouverte, malgré que cette liste n'inclut pas des grandes langues comme l'anglais, le mandarin, l'arabe, l'hindi, …..

--------------------------------------------------------------------------------
**5.2 Ne faut-il pas imposer deux versions linguistiques sur le site web ?

La question qu'on peut se poser est la suivante: ne faut-il pas obliger les auteurs à déposer obligatoirement en deux langues (dont l'une des deux sera dans les faits la langue usuelle):
- pour éviter l'hégémonie possible de la langue d'échange sur le site au détriment des langues usuelles (mais nous avons expliqué pourquoi le risque était très faible),
- pour promouvoir la traduction des articles sur le site.

La réponse est non, car, comme nous l'avons mentionné, dès le départ, le site devrait être ouvert aux auteurs localisés dans le monde entier.
En ce qui concerne ces auteurs, on rappelle que si leur langue usuelle ne fait pas partie des langues du site (ce qui est le cas, par exemple, de l'anglais, du chinois, de l'arabe, de l'hindi, …), ils ne pourront pas déposer leurs articles sur le site web dans leur langue usuelle, mais devront choisir une des langues gérées par le site web.
Rappelons encore, et il faut insister sur cela, qu'il ne s'agit en aucun cas d'une quelconque "ségrégation" des langues ne faisant par partie de la liste, puisque le principe même de la sélection de langues pour des sites web ou institutions en général est déjà très largement le lot commun des auteurs français, allemands, italiens, espagnols, portugais, chinois, des pays arables, … qui, aujourd'hui, ne peuvent en aucun cas déposer de contributions dans leur langue usuelle sur de nombreux sites scientifiques et techniques à portée européenne ou mondiale.
Sur le site web, il ne serait donc pas souhaitable d'imposer que les articles soient déposés dans au moins deux langues, car cela imposerait dans les faits deux traductions aux auteurs dont la langue usuelle n'est pas une langue du site web.

--------------------------------------------------------------------------------
**5.3 Ce site web a-t-il réellement une chance d'avoir du succès ?

C'est la grande question. Il n'est en effet pas certain qu'au début, le site attire de nombreux auteurs.
Mais plusieurs facteurs peuvent nous laisser penser qu'au bout de plusieurs années, voire d'une ou deux décennies, son succès pourrait être réel. En voici quelques raisons:
- la possibilité de déposer dans de nombreuses langues usuelles européennes, sur un site à vocation mondiale, en ménageant une synergie avec une langue d'échange auto sélectionnée par les auteurs eux-mêmes,
- l'ouverture du site aux dépôts d'articles d'auteurs du monde entier,
- le côté novateur du concept: ce sont les auteurs qui auto sélectionnent eux-mêmes la langue d'échange parmi les langues présentes sur le site,
- le côté "alternatif" d'un tel système: bâtir un monde linguistique dual dans le domaine de la publication scientifique, en assurant la promotion des langues usuelles est en soit un enjeu universaliste susceptible de capter l'intérêt.

En tous les cas, puisque nous touchons à la science, et que, dans ce contexte, l'expérimentation est prépondérante, il semblerait logique d'expérimenter un tel concept nouveau.
Des soutiens institutionnels aux dépôts d'articles sur le site web constitueraient bien sûr des éléments favorisant le succès du site.

--------------------------------------------------------------------------------
*6 Conclusion

Dans cet article, nous avons analysé les méfaits de la non publication d'articles scientifiques et techniques dans la langue usuelle: travaux décorrélés du contexte social dans lequel ils se font, moindre synergie avec les PME nationales, moins bonne passation de connaissances dans le contexte local, régional, national et dans le contexte de la communauté linguistique hors des frontières, moins bonne synergie avec le monde de l'éducation, influence probable sur la fuite des cerveaux, etc. …).

Nous avons vu que le facteur d'impact accentue le phénomène de non publication dans la langue usuelle.
Nous avons ensuite imaginé qu'un système alternatif au facteur d'impact pourrait voir le jour grâce à Internet, pourvu que des volontés poussent à un tel système. Nous n'avons pas précisé dans les détails ce que pourraient être les principes de ce système alternatif, car ne n'était pas l'objet de ce présent article, mais admis que techniquement un tel système pourrait voir le jour.
Mais un système alternatif au facteur d'impact ne garantit pas pour autant que la non publication dans la langue usuelle des auteurs ne perdure pas et même ne s'empire pas. La fin de la "dictature" du facteur d'impact n'assure pas le retour aux publications dans les langues usuelles.

En plus du besoin incontournable de publications dans les langues usuelles, nous avons réaffirmé le besoin que les articles soient traduits dans d'autres langues et surtout dans une langue "d'échange" (voire deux au début) qui ne fasse pas de l'ombre aux langues usuelles.
Le fait que la version originale des articles soit écrite dans la langue usuelle et qu'une seconde version soit ensuite générée dans une autre langue (éventuellement avec l'aide d'outils de traduction automatique) apporte déjà une solution pour tous les pays du continent européen géographique.

Nous avons vu qu'une solution générale pourrait consister à promouvoir des outils Internet pour supporter les publications scientifiques. Ces outils (nous avons parlé de site web) accepteraient les langues du continent géographique européen.
Sur ce site, les chercheurs pourraient déposer leurs articles dans leur langue usuelle et dans d'autres langues de la liste.
Par une méthode auto adaptative, par le simple jeu du choix des auteurs quand ils sélectionnent une langue seconde et par des incitateurs statistiques sur le site concernant les langues employées et souhaitées, une langue d'échange, non hégémonique, pourra surgir, constituant un outil d'échange, sans que la perfection stylistique de rédaction dans cette langue seconde ne s'impose par rapport à son objectif de rester un outil d'échange, complétant et non éclipsant les langues usuelles.
Nous avons évoqué le potentiel dont dispose l'espagnol pour tenir ce rôle, mais convenu qu'il convenait de laisser faire les auteurs afin qu'ils décident par eux-mêmes, par l'usage et leur choix à chaque dépôt d'article, laquelle des langues de la liste pourrait devenir cette langue d'échange. Nous avons envisagé, qu'au début du système, deux langues d'échange pourraient être auto sélectionnées avant que, plusieurs années plus tard, l'une des deux soit prépondérante.

Nous avons insisté sur l'intérêt que pourrait constituer un monde "dual" dans le monde de la publication scientifique. Un tel monde dual linguistique est en effet fondamental pour soutenir le multilinguisme. Car c'est en montrant d'abord que la dualité fonctionne que l'on prouve que la pluralité peut aussi fonctionner.

Le scénario proposé recèle des incertitudes, mais le gain escompté au niveau de la promotion des langues usuelles pour la publication scientifique et l'enseignement dans les langues usuelles de l'Europe continentale, vaut certainement qu'on s'y arrête, surtout si l'on ne souhaite pas que la situation à tendance monopolistique actuelle ne s'accentue encore.
Nous pouvons en effet craindre que la situation actuelle, en s'amplifiant, ne puisse, au terme de plusieurs décennies, compromettre gravement l'usage des langues comme le français, l'allemand, l'italien, .., pour traiter des sciences et techniques au sein des grandes entreprises, des laboratoires de recherches et des universités.
La solution esquissée ici est faisable et peut ouvrir une perspective pour assurer de nouveau un avenir à nos langues européennes pour exprimer les sciences et techniques. La piste proposée pourrait d'ailleurs certainement être déclinée dans d'autres secteurs que la publication scientifique, où les langues européennes sont également menacées. Il en va de notre avenir. A nous d'être audacieux dans les solutions.

Jean-Jacques Dumont – Janvier 2010


Répondre au Message Nouveau Message
Discussion Auteur Date Lu
Les langues du continent européen pour la science Jean-Jacques Dumont14:51 le 16/01826
Forums Oragora